Dans ses paysages japonais, Michael Kenna joue bien souvent de l’étrange fusion de la nature et des signes de l’activité humaine qui se fondent dans le paysage, contribuant à créer l’atmosphère unique de ses images. Un sentiment d’harmonie s’en dégage, mais il se teinte parfois d’inquiétude lorsque ces vestiges, à moitié digérés par la nature, évoquent un monde disparu.
C’est cette paix un peu étrange, la beauté d’un paysage habité mais revenu à son silence immémorial, que Michael Kenna a recherché assidûment depuis bientôt trente ans au cours de ses nombreux voyages au Japon.
Dans les terres enneigées de Hokkaïdo comme sur les rivages de la mer étale de l’archipel, les digues contre les tsunamis, les barrières sur la neige, les vestiges d’un quai, structurent et dessinent le paysage. Mais la nature possède aussi ses propres signes et l’arbre seul dans la neige trace sa parfaite calligraphie.
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Mais l’histoire d’amour de Michael Kenna avec le Japon ne se résume pas aux seuls paysages. La culture japonaise et son esthétique de l’image et du signe ont marqué sa vision et lui ont inspiré des recherches inédites sur le nu (Rafu) et la céramique (Rosanjin). Dans l’exacte lignée de son approche du paysage, elles proposent une organisation très maîtrisée du cadre, une précision de l’image carrée, de ses lignes de force : une perfection toute japonaise du geste photographique.
Peinture, sculpture, photographie, vidéo, cinéma… L’exposition “Dans le flou” fait une superbe mise au point sur l’emploi de l’indistinct dans les arts visuels, en se concentrant sur la période allant de 1945 à nos jours. Prenant sa source dans un chef-d’œuvre : Les Nymphéas de Claude Monet, un grand décor installé depuis 1927 au musée de l’Orangerie, où le flou règne sur les grandes compositions aquatiques peuplées de nénuphars. Un vrai choix esthétique du maître de l’impressionnisme. Cet intrigant brouillard a depuis inspiré de nombreux artistes au moyen de techniques diverses. Le parcours thématique de l’exposition se veut à la fois sensible, historique, poétique et politique.
Dans la première salle, en guise de prologue, dialoguent des œuvres très différentes : la plus ancienne, un paysage brumeux peint par William Turner vers 1845, jouxte Le Bassin aux nymphéas, harmonie rose de Claude Monet et un cube de condensation transparent de l’artiste conceptuel Hans Haacke, piégeant à la fois la buée et l’instabilité de notre environnement. Le bloc de marbre blanc d’Auguste Rodin prouve quant à lui que flou et sculpture ne sont pas antinomiques, comme on pourrait le croire. L’artiste floute les contours de ses marbres, faisant vibrer la matière.
Sur un grand panneau, Claudio Parmiggiani, figure incontournable de l’Arte Povera, a utilisé une technique baptisée “les incendies contrôlés Il met le feu volontairement à une pièce, l’éteint, laisse la suie se déposer sur les lieux, puis vient retirer les objets et le mobilier pour faire empreinte. Suie et fumée dessinent, comme en négatif, le fantôme d’une étagère couverte de livres, aux contours vaporeux. Le choix de la bibliothèque n’est pas anodin, l’artiste fait référence aux autodafés que l’on a connus dans l’histoire … derrière le flou se dissimule parfois un message politique.
Une petite toile, de Gerhard Richter est pourtant l’un des éléments forts de l’exposition. L’artiste l’a réalisée à partir d’une photo très médiatisée des attentats du 11 septembre 2001 à New York : la collision du premier avion sur la tour nord du World Trade Center. À première vue, il s’agit d’un tableau très abstrait, presque illisible. C’est le fait de connaître l’image source qui permet de la décrypter, mais ce que l’on voit, c’est le geste du peintre qui vient, à grands coups de pinceau, placer de la peinture sur l’image des deux tours jumelles, qui est elle-même peinte. La superposition de couches, comme souvent chez l’artiste allemand, crée “un flou de surface“. Il emploie à dessein des matières granuleuses qui bouchent la vue et forcent à mieux regarder, transcrivant aussi en peinture le brouillard des écrans de télévision d’un monde saturé d’images. Richter dit que sa relation à la réalité a toujours eu à voir avec le flou qu’il relie à l’insécurité, l’incomplétude et l’inconsistance. Il est l’artiste le plus représenté dans l’exposition avec des toiles évoquant l’instabilité du monde.
Une grande photo de l’artiste, architecte et réalisateur chilien Alfredo Jaar, prise dans le cadre d’un long projet qu’il a consacré au génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 montre une jeune fille, témoin du massacre de son père et de sa mère à coups de machette. Alfredo Jaar avait pris rendez-vous avec elle, mais au moment de répondre à ses questions, l’adolescente, incapable de prononcer un mot, est repartie en lui tournant le dos. Dans un mouvement réflexe, il a alors saisi son appareil et pris ce cliché sans le cadrer, sans faire le point. “Cette image floue, dit-il, représente mon incapacité à raconter l’expérience de cette femme ou l’expérience du Rwanda– l’impossibilité.”
https://www.germanopratines.fr/wp-content/uploads/2025/05/IMG_4075.jpg200200Hélènehttps://www.germanopratines.fr/wp-content/uploads/2019/12/logo-germanopratines-3-1030x221.pngHélène2025-05-11 12:20:322025-08-26 20:19:30Dans le flou
John Baeder, Robert Cottingham, Robert Bechtle, John DeAndrea, Charles Bell, Robert Cottingham, Ralph Goings, Duane Hanson, John Salt
« Il y a cinquante ans, l’irruption de la télévision dans les salons, la popularisation de la photographie et sa généralisation dans la publicité et la presse, et enfin le succès du cinéma, imposaient ce qui semblait être, à l’époque, une ultime dématérialisation des choses par l’image. Cette révolution des années 1960 ressemble aujourd’hui à une vaguelette dans le tsunami où nous sommes noyés.
Dans cette ubérisation du monde où le temps indéterminé du selfie circulant sur le Web compte plus que le temps de notre présence dans un lieu donné, ce sont désormais des photos de pages de livres, postées sur Instagram, qui déterminent le succès de ces ouvrages. La pollution visuelle qui nous suffoque au quotidien, où les images véhiculées par le Web et les réseaux sociaux dirigent désormais notre manière de voir et d’être vus, n’est pas sans lien avec le fait que l’hyperréalisme intéresse de nouveau une jeune génération d’artistes. (…)
Apparus à peu d’années d’intervalle, le Pop Art puis le photoréalisme reçurent d’abord le même accueil glacial : était-ce la critique ou la célébration d’un royaume de la consommation, de la généralisation de la laideur, et d’un urbanisme sans urbaniste ? Les deux furent discrédités pour ‘le manque de professionnalisme’ des artistes : après tout, ces peintres ne se limitaient-ils pas à ‘copier’ des objets et/ou des photographies, qu’ils se contentaient les uns et les autres d’agrandir ? Ce qui ressemblait à du cynisme nous semble aujourd’hui d’une incroyable fraicheur ; ce qui se faisait passer pour des copies a été depuis célébré comme de la peinture, dont nous redécouvrons, aujourd’hui, autant la complexité que la virtuosité formelle. Aussi faut-il se pencher de plus près sur ces toiles qui ressemblent à des images mais qui sont bien, de près, des tableaux. (…)
La demi-douzaine d’appellations du mouvement dit ‘photoréaliste’ ou ‘hyperréaliste’ (…), le nombre de textes écrits sur le choix d’un de ces termes et le nombre de critiques émanant des artistes du mouvement, en fait un des exemples les plus intéressants de ‘faux’ mouvement de l’histoire de l’art. Est-il légitime de rassembler des artistes qui ont travaillé sans se connaître sur des sujets et avec des techniques similaires ? Les multiples expositions récentes et la découverte de générations postérieures, semblent valider le choix des critiques-galeristes qui avaient investi sur ce rassemblement. (…)
La question posée au mouvement – vrai ou faux ? – fait écho à celle que le mouvement pose, et ce n’est pas un hasard. Ces peintures faites à partir de photographies ne sont-elles que des copies ‘froides’ – c’est-à-dire un type de réalisme – ou le début d’un récit – une forme d’irréalité ? Vraies ou fausses images ? Vrai ou faux mouvement ? »
Extraits du texte ‘Les vraies fausses images de Robert Cottingham’ de Camille Morineau dans Robert Cottingham, Fictions in the Space Between publié par la Galerie GP & N Vallois, 2019.
https://www.germanopratines.fr/wp-content/uploads/2025/06/capture-decran-2025-05-28-a-165135.png7461080Hélènehttps://www.germanopratines.fr/wp-content/uploads/2019/12/logo-germanopratines-3-1030x221.pngHélène2025-05-10 20:39:002025-07-30 07:24:55Hyperréalisme américain
Artiste franco-américaine installée dans le Berry, Lou Benesch développe un univers peuplé de figures interéspèces, de symboles ésotériques et d’imaginaires oniriques. Elle tisse un monde d’interconnexions, d’associations symboliques, où la lumière et l’ombre cohabitent dans une harmonie vitale. Veilleurs est sa première exposition personnelle à Paris.
Peintes à l’aquarelle et à la gouache sur des papiers anciens qu’elle collectionne, ces œuvres révèlent des êtres chimériques, qui flottent entre architectures symboliques et nuées ardentes. Tels les genius loci, esprits gardiens dans la Rome antique, ces figures protectrices veillent. Elles veillent la nuit, lorsque nous dormons. Elles entourent, abritent, encadrent des paysages intérieurs par des gestes circulaires ou des compositions en miroir. Dans les œuvres de Lou Benesch, l’espace à protéger est d’ordre métaphorique. Il peut s’agir d’un habitat, mais également d’une citadelle symbolique, d’une ressource intérieure ou d’un secret.
L’artiste convoque un bestiaire composé de dragons, serpents, sirènes, oiseaux géants qu’elle met en scène dans une cosmogonie personnelle, nourrie de folklore, d’illuminations médiévales et de visions nocturnes. Chaque être semble garder un trésor : la mémoire ancestrale, un rêve, un feu. Les strates successives et emboîtements visuels, renforcent l’idée d’une protection des pensées, une intimité à préserver. Comme le dit Lou Benesch, «Toute chose chérie devient un trésor. Ce qui est précieux demande soin et protection. Un gardien.»
Les vases sertis de pierres précieuses rappellent que l’ornement est porteur de vertus symboliques et protectrices, au-delà d’une fonction décorative. En peuplant ses œuvres de figures mythiques protectrices et en introduisant des objets amulettaires, Lou Benesch réactive la puissance de l’image en tant que talisman. Dire qu’une image est un talisman, c’est reconnaître qu’elle ne se limite pas à représenter : elle agit. Elle devient un support symbolique qui protège, invoque et révèle. Les images sont chargées d’intention, de mémoire et de pouvoir.
L’inventivité extrême de Lou Benesch l’inscrit dans une approche visionnaire. C’est par l’imagination que l’on peut envisager des rapports au monde différents. Elle instaure un rapport « métamorphique » comme dirait le philosophe Emmanuel Coccia, « Il n’existe pas de forme unique de vie. […] Nous venons toujours d’une autre forme, dont nous sommes la déformation, la variation, l’anamorphose. »
Dans l’œuvre de Lou Benesch la protection contient une promesse de transformation : un espace gardé devient un espace où quelque chose peut naître, croître, évoluer.
Après une année de rénovation confiée à l’architecte et designer français Sylvain Dubuisson, c’est avec joie que nous allons retrouver l’univers unique de Julie Blum et de la Galerie Anne-Sophie Duval. Pour l’exposition inaugurale, Julie Blum a choisi de marquer le renouveau de la galerie en présentant le travail de Sophie Buhai, une artiste qu’elle a rencontré à la galerie en 2022 et avec laquelle elle mène depuis un dialogue complice, intellectuel et créatif, autour de l’Art Déco bien sûr, mais aussi de la laque, une technique dont l’histoire et le savoir-faire les fascinent toutes les deux. Cette complicité, nourrie par une admiration commune pour l’artisanat d’exception et les objets au raffinement intemporel. Pour Julie, le travail de Sophie, à la croisée de la joaillerie et du design. illustre parfaitement l’équilibre subtil entre simplicité sophistiquée et préciosité. Chaque création transcende le quotidien afin de devenir un véritable objet de contemplation.
Vivant à Los Angeles, Sophie Buhai s’est fait connaître en revisitant la tradition moderniste du bijou en argent. Des pièces sculpturales en pierre taillée à la main et des objets en argent qui se caractérisent par leur poésie moderniste, voire surréaliste. Avec Jewellery Objects, elle explore une nouvelle dimension du design en présentant une collection exclusive de 19 pièces uniques ou en édition limitée, dans laquelle se croisent savoir-faire artisanal et liberté formelle. Parmi les œuvres phares, on retrouve une minaudière et un vase en laque urushi noire et cornaline avec des pierres sélectionnées au Tucson Gem, Mineral & Fossil Showcase en Arizona, une loupe en argent brossé, bronze, cristal de roche et argent noirci, clin d’œil surréaliste à Salvador Dalí, une boîte à pilules en argent et cornaline ou encore un étui à cure-dents et un ouvre-lettres incurvé. L’exposition invite ainsi à l’éveil des sens à travers l’objet, explorant le poids, la texture et la matière comme des éléments essentiels dans l’appréciation du bijou et du design.
Dans cette exposition, les créations de Sophie Buhai dialoguent aussi avec des pièces emblématiques de l’Art Déco, soigneusement sélectionnées par Julie Blum. Parmi elles, des tables gigognes en laque rouge de Katsu Hamanaka et un guéridon en parchemin et laque de Marcel Coard illustrent l’élégance et le raffinement de ce mouvement. Une scénographie qui souligne la modernité intemporelle du design Art Déco et son influence sur le design actuel.
Jewellery Objects s’inscrit ainsi dans la continuité de l’héritage de la Galerie Anne Sophie Duval, qui, depuis 1972, met en lumière l’Art Déco et les grands noms des arts décoratifs. À travers cette exposition, Julie Blum et Sophie Buhai font écho au renouveau de ce mouvement, célébré cette année à l’occasion de son centenaire en y apportant un regard nouveau et une réinterprétation sous un prisme contemporain. Elles réaffirment ainsi son influence sur la création actuelle et insufflent une inspiration nouvelle aux designers et collectionneurs.
Si nous savons depuis Paul Cézanne que “le Louvre est un livre dans lequel nous apprenons à lire”, cette inépuisable source d’inspiration n’a pour autant pas échappé à un monde de la création contemporaine parmi les plus vivants, celui de la mode. De plus en plus, les études et les monographies consacrées aux grands noms de la mode n’hésitent pas à tracer des généalogies esthétiques qui remettent ces personnalités dans une perspective historique et artistique.
Le rythme n’est pas seulement celui des ruptures, plus ou moins radicales, ni du changement saisonnier, il est aussi celui des échos et des rappels. Les fils qui se tissent entre leur œuvre et le monde de l’art sont presque infinis, et l’histoire de l’art telle que l’exprime le musée du Louvre, dans la profondeur de ses collections et les reflets du goût, est un terrain d’influence et de sources tout aussi vaste..
Face à l’immensité encyclopédique du Louvre, la méthode ici proposée est de poser ce sujet multiple à l’aune de l’histoire des styles décoratifs, des métiers d’art et de l’ornement, au fil des galeries et des salles du département des Objets d’art. La présence textile y est fondamentale, mais davantage tournée vers les décors et les tapisseries que vers le vêtement même.
Sur près de 9 000 mètres carré, c’est ainsi 65 silhouettes contemporaines, accompagnées d’une trentaine d’accessoires, qui sont déployées en un dialogue étroit, inédit, historique et poétique avec les chefs-d’oeuvre du département, de Byzance au second empire. Autant de prêts remarquables, accordés par les maisons les plus emblématiques, des plus anciennes aux plus récentes, de Paris et d’ailleurs.
Il ne s’agit pas ici de parsemer de pièces de mode le département des Objets d’art, mais de susciter ou de souligner des rapprochements avérés, ses collections ayant parfois été modelées par la générosité d’hommes et femmes de la mode, de Jacques Doucet à Madame Carven.
Au regard de l’histoire de l’art et de la mode, les complicités sont innombrables, elles épousent souvent des méthodes communes, la connaissance des techniques les plus anciennes, la culture visuelle, le jeu subtil des références, du catalogue raisonné du musée au moodboard de la mode. Une autre manière de regarder les objets d’art au prisme du regard des créateurs contemporains.
Du Maghreb au Japon, une fabuleuse traversée dans le temps et l’espace, à la découverte de l’origine mystérieuse et fascinante de l’or et de son mariage avec les arts textiles.
Métal le plus précieux et le plus noble au monde, objet de convoitise, symbole de richesse et de faste, signe d’élégance et de raffinement … Découvert il y a près de 7000 ans, l’or n’a eu de cesse de fasciner les hommes. Matériau par excellence de tous les savoir-faire, expérimentations et traditions, il est utilisé dès l’Antiquité pour la réalisation de bijoux, de parures et d’armes. Dès le cinquième millénaire avant notre ère, il agrémente les premières étoffes de luxe dédiées aux hommes de pouvoir. Au cours des siècles suivants, des tisserands et artisans chevronnés-romains, byzantins, chinois, perses puis musulmans-déploient les techniques les plus ingénieuses pour réaliser de véritables tissus d’art où les fibres de soie ou de lin s’entrelacent aux lames et filés d’or.
Des premiers ornements cousus sur les vêtements des défunts aux robes flamboyantes de l’artiste contemporaine chinoise Guo Pei qui ponctuent l’ensemble du parcours, des soieries tissées d’or des mondes indien et indonésien aux kimonos scintillants de l’ère Edo, l’exposition déroule l’histoire millénaire de l’or dans les arts textiles. Dans un dialogue mariant découverte scientifique et perspective artistique, elle dévoile l’éblouissante beauté, la diversité, la technicité et la richesse des costumes d’une vaste région allant du Maghreb au Japon en passant par les pays du Moyen-Orient, l’Inde et la Chine.
Artiste, designer, maitre d’art, Robert Goossens commence sa carrière dans les années 50, en collaborant avec les grandes maisons de couture jusqu’à son entrée au sein de la Maison Chanel à la demande de Mademoiselle dont il deviendra l’un des plus proches collaborateurs et ami jusqu’à sa mort. Artisan de génie à l’esprit créatif et la curiosité insatiables, Robert Goossens est entré très jeune en apprentissage chez un orfèvre de renom et il a ensuite perfectionné son savoir-faire sans relâche auprès des meilleurs artisans d’art de l’époque.
C’est donc à Gabrielle Chanel qu’il doit es premières commandes de lustres et miroirs, prémices d’une esthétique où apparaissent déjà le cristal de roche et le Corail ou l’épi de blé si cher à Coco Chanel. Durant ses «Années Chanel» (1958-1973), Robert Goossens, dont l’atelier est alors situé dans le Marais, multiplie les rencontres avec les créateurs de mode et les artistes en vue de l’époque.
Peu de temps après la mort de Gabrielle Chanel, Pierre Bergé le recrute, en 1974, pour la maison Yves Saint-Laurent, et durant vingt-huit ans, Robert Goossens produira un nombre très important de bijoux, d’objets d’art jusqu’en 2002.
Deux génies iconiques de la mode française, pour lesquels Robert Goossens a conçu des bijoux et des objets d’exception, aux inspirations multiples, qui chacun marqueront le style de ces grandes maisons.
Une exposition qui couvre les années 1970-1990, de la période Chanel jusqu’à sa collaboration avec Yves Saint-Laurent et Loulou de la Falaise. Un hommage à l’œuvre magistrale de cet artiste emblématique qui émerge durant la seconde moitié du XXème siècle et qui reste encore aujourd’hui d’une modernité intemporelle.
Grâce à un partenariat inédit entre deux collections majeures de Côte d’Azur, les œuvres de Niki de Saint Phalle, Arman, Yves Klein, Raymond Hains, Martial Raysse ou encore César viennent à la rencontre des innovations plastiques de Fernand Léger, l’un des pionniers de l’avant-garde au XXe siècle.
Aux côtés de ces principaux représentants du Nouveau Réalisme, des œuvres d’artistes tels Roy Lichtenstein ou plus tard Keith Haring, illustrent les échanges artistiques qui ont très tôt existé entre la création européenne et la scène américaine.
Le parcours de l’exposition, composé de près de 100 œuvres, aborde, sur un mode ludique et créatif, différents axes thématiques : le détournement de l’objet, la représentation du corps et des loisirs, ou encore la place de l’art dans l’espace public.
Par des gestes artistiques puissants, les artistes hissent au rang d’œuvres d’art des éléments saisis dans leur réalité la plus banale. Ils font fusionner l’art et la vie et révèlent au spectateur la beauté poétique de notre quotidien.
Si la carrière internationale de Cristina Barroso, qui vit et travaille entre São Paulo et Stuttgart, n’est plus à faire, c’est pourtant la première fois que lui est dédiée une exposition personnelle en France. Sous l’intitulé de La Rivière intérieure (O Rio interior), l’ensemble réunit des œuvres qui ne font pas seulement référence au grand fleuve amazonien du Brésil natal de l’artiste, mais augure une histoire plus intime : une trajectoire intérieure. Au travers de sa sélection, le commissaire de l’exposition Léo Marin invite le visiteur à saisir les caractéristiques de l’œuvre de Cristina Barroso, fruits de sa construction personnelle, entre deux pays et deux cultures. Sa pratique artistique n’a eu de cesse de déjouer les conventions géographiques établies, générant une marque de fabrique aussi forte qu’identifiable.
Léo Marin précise : « On connaît Cristina Barroso principalement pour ses œuvres cartographiques. D’anciennes grandes cartes scolaires où la peinture, la découpe et les collages viennent redessiner les contours d’un monde tel que le vit l’artiste. Souvent plus vaste, plus morcelé ou plus éloigné qu’il ne semble être. Pourtant, ‘La Rivière intérieure’ est une narration toute autre. C’est l’histoire d’un temps qui s’écoule en comptant les jours, une suite de symboles rituels consignés dans un agenda jauni par le temps. Un temps rythmé par les allers-retours en Europe et en terre brésilienne.
Son œuvre est aussi un travail de mémoire. Une écriture du souvenir dans la peinture, souvenir qui évolue et se dissout dans des entrelacs de culture native et d’apprentissages coloniaux.
Avec des références et des citations directes au mouvement anthropophagique, ce courant artistique issu du modernisme brésilien des années 1920, Cristina Barroso continue de nourrir son travail par l’ingestion de cultures étrangères. En découpant et réassemblant les codes de l’Occident avec des images et des narrations aux échos originels. »
À travers une série de quinze clichés en noir et blanc, Julien Drach nous invite au cœur d’une poésie silencieuse qui se glisse entre les ruines, capturant la mémoire fragile des vestiges de Pompéi et du Parthénon d’Athènes. Paysages où le temps semble suspendu : l’un raconte une disparition soudaine, l’autre témoigne d’une lente érosion à travers les siècles.
Le titre de l’exposition, inspiré du roman de Romain Gary, s’est imposé naturellement, comme un fil invisible reliant les souvenirs aux pierres, les époques aux émotions. Fruit de la grande complicité artistique entre Julie Blum, directrice de la Galerie Anne-Sophie Duval, et l’artiste Julien Drach, cette exposition reflète leur fascination commune pour le partage et leur approche sensible de la mémoire : « Entre soleil, éclipses et nuages, le ciel méditerranéen capturé par Julien Drach nous plonge dans une atmosphère de temps suspendu. » (Julie Blum). Tous ces clichés, parfois proches de la gravure ou du travail au fusain, explorent, soit à Pompéi, la matière pétrifiée semblant figée à jamais par la catastrophe, soit à Athènes, la pierre qui poursuit un dialogue éternel avec l’Histoire.
Les photographies de Julien Drach sont de véritables poèmes visuels, des dialogues silencieux entre l’homme et les monuments, oscillant entre oubli et permanence, renforcés par le noir et blanc. Ces images naissent d’un travail minutieux mais également d’un jeu avec l’imprévu : les films argentiques et Polaroïd sont numérisés avant d’être tirés en impressions pigmentaires sur papier fine art. Certaines de ces pellicules, altérées par le temps et les manipulations, révèlent des strates d’ombres, des craquelures subtiles et des éclats lumineux inattendus. Ces imperfections accidentelles semblent ainsi devenir le prolongement visuel des bouleversements qui ont marqué ces sites. À Pompéi, des éclats sur la pellicule semblent faire écho aux cendres figées de l’éruption, tandis qu’à Athènes, les traces laissées par la lumière rappellent les fissures du marbre sous le poids des siècles. Finalement, ces altérations involontaires du support créent une texture vibrante, donnant une profondeur quasi onirique à chaque cliché ainsi qu’une charge émotionnelle singulière.
Scénographie de l’exposition Vincent-Emmanuel Rouxel
Le département des Antiquités orientales accueille dix oeuvres majeures du Department of Ancient Near Eastern Art du Metropolitan Museum of Art de New York, actuellement fermé pour des travaux de rénovation. Le Louvre a ainsi pu concevoir avec le Met un dialogue inédit entre ces deux collections qui prend place au sein des salles permanentes d’antiquités orientales.
Datées entre la fin du IVème millénaire avant J.-C. et le 5ème siècle de notre ère, les oeuvres du Met, invitées exceptionnelles, introduisent des correspondances remarquables avec les collections du Louvre, soit qu’elles forment ensemble une paire réunie pour la première fois à cette occasion, soit qu’elles se complètent du fait des spécificités liées à l’histoire de chacune des deux collections. De l’Asie centrale à la Syrie en passant souvent par l’Iran et la Mésopotamie, ces dialogues de collections permettent de (re)découvrir autrement ces oeuvres plurimillénaires et les histoires dont elles témoignent.
https://www.germanopratines.fr/wp-content/uploads/2024/03/The-MET-au-Louvre-1.jpg9021125Hélènehttps://www.germanopratines.fr/wp-content/uploads/2019/12/logo-germanopratines-3-1030x221.pngHélène2025-03-02 10:41:002025-10-12 11:48:01The MET au Louvre