,

Pierre Thoretton

Dans le bois dormant


Sculpteur, peintre, photographe, il a également été producteur et scénariste, collaborant notamment avec Pierre Bergé. Il est l’auteur du long métrage Yves Saint Laurent – Pierre Bergé, L’amour fou, nommé aux César en 2011. Depuis une dizaine d’années, il développe un travail photographique à la chambre. Son exploration du paysage, amorcé dans le désert de l’Ouest américain, se poursuit désormais sur les rives de la Méditerranée. L’artiste, qui est né en Picardie au cœur des forêts, nourrit depuis l’adolescence une fascination profonde pour l’univers sylvestre – un territoire mental et émotionnel qu’il ne cesse d’explorer.


Son cheminement artistique est magnifiquement documenté dans un moyen métrage d’Émilie Lacape, qui montre le photographe au travail face à son sujet. Dans un paysage californien ravagé par le feu, Pierre Thoretton renonce à capturer la violence des incendies pour immortaliser la grandeur des séquoias centenaires. Sa démarche fait alors écho à celle d’Ansel Adams (1902-1984) et à son travail dans le parc national de Yosemite.


« Dans le bois dormant », première exposition personnelle consacrée à ce cycle de recherche, témoigne d’une approche qui privilégie le temps long, le regard attentif, la rencontre physique avec les lieux qu’il arpente. Ses images restituent avec une grande justesse les tensions sensibles entre l’apparition des formes et l’expérience de la nature.

Pierre Thoretton interroge la frontière entre le réel et l’imaginaire, la trace du temps dans le vivant, la possibilité d’un regard habité sur le monde naturel. Son travail, nourri par une conscience aiguë des enjeux écologiques et esthétiques contemporains, revendique une dimension profondément intime et poétique.

du 18 septembre au 11 octobre 2025

GALERIE EBERWEIN


22 rue Jacob 75006 Paris

L’Esprit des Jardins japonais

La civilisation japonaise accorde une place majeure à l’art des jardins, où se lisent des idéaux éthiques, religieux et esthétiques, que ces lieux soient d’agrément, de méditation, de contemplation ou de promenade. Nombre de ces jardins sont répertoriés comme “site au paysage exceptionnel” selon la loi de Protection des biens culturels, certains figurant même au patrimoine mondial de l’Humanité.

Pendant longtemps, cet art complexe s’est transmis par initiation de maître à disciple, bien que des manuels aient fait leur apparition dès l’an mil. Puisant à différentes sources, depuis le shintoïsme, le taoïsme, le bouddhisme, la géomancie et les jardins chinois, en passant, plus tardivement, par l’école bouddhique zen et l’esthétique propre à la cérémonie du thé, les jardins japonais se déclinent en différents modèles au fil des siècles.

Cette exposition de photographie de Frédéric Soreau présente les différents types de jardins japonais par leur conception et leur forme : jardins paysagers, jardins de mousse, jardins zen, jardins de thé, jardins-lettrés ou encore jardins contemporains. Présentées en couleur et en noir et blanc, les photographies offrent une approche sensible et contrastée de ces univers.  L’ensemble constitue une invitation à la contemplation et à la connaissance, à travers notamment l’œuvre du grand paysagiste Mirei Shigemori, figure majeure du renouveau du jardin japonais au XXe siècle. 

du 2 au 27 septembre 2025

MAISON de la CULTURE du JAPON à Paris

101 bis quai Branly 75015 Paris

,

Ronan Bouroullec

Clair-obscur

Cette nouvelle collection de Ronan Bouroullec prolonge sa réflexion autour de la lumière — sa manière d’habiter la matière, de la soulever, de l’ancrer, de lui donner forme. Des structures élancées, suspendues dans l’espace et ponctuées de halos de verre, se tiennent à mi-chemin entre le dessin et la sculpture. Une tension s’installe alors entre fragilité et rigueur, légèreté et structure. C’est un ensemble de lumières -mot plus adapté que lampes ou luminaires, techniques et presque triviaux- Chacune d’entre elles est composée de deux éléments de fin verre soufflé : un globe opalin blanc, diffusant la lumière, inscrit dans une corolle transparente, grise ou ambre, qui, selon l’angle de vue, la filtre ou la reflète. Elles sont, le plus souvent, reliées à d’autres éléments identiques par des tiges d’aluminium massif anodisé noires ou grises -le dessin, les détails d’assemblage, la tension des arêtes en sont d’une qualité de précision quasi horlogère- pour former des ensembles de 3, 4, 9, 15 ou 20 lumières, associées en lignes verticales, cercles ou grilles.

La sphère lumineuse insérée au centre d’une corolle de verre, de métal ou de perspex est l’un des fondamentaux du vocabulaire formel des designers’ lights, de Fontana Arte à BBPR ou Gino Sarfatti ou même Pascal Mourgue. Mais ce n’est pas tant à l’histoire du design que renvoient les pièces présentées ici par Ronan Bouroullec qu’à celle de l’art minimal. On peut lire cette référence dans le répertoire des matériaux – le métal anodisé qui évoque les Progressions ou les Stacks de Donald Judd-, des formes -on pense au disque Untitled (1968) du Moma de Robert Irwin, ou des effets -le halo des néons de Dan Flavin. Mais elle est plus présente encore dans l’importance des enjeux de perception et de relation à l’espace ici mis en jeu. Fondée sur un système de combinatoires et de répétitions -caractéristiques du minimalisme tant en sculpture qu’en musique- la composition des lumières de Ronan Bouroullec se développe de manière potentiellement infinie. Leur dimension est déterminée par l’espace dans lequel elles s’inscrivent, et dont elles viennent modifier la perception. Elles jouent sur les différents états simultanés de la lumière : diffusée, filtrée, réfléchie, projetée. La perception en est double, selon que la source de lumière est dirigée vers le mur- flottement, mystère- ou vers le spectateur – cercles, auras. Pour citer Robert Irwin : « la question n’est pas de faire des objets… ce qui nous occupe, c’est notre état de conscience et la forme de nos perceptions ».

Le travail de Ronan Bouroullec sur la lumière est marqué depuis l’origine par une forme de tension entre deux pôles opposés. Celui de l’abstraction (Luce Orizzontale et Luce Verticale en 2020, Luce Sferica en 2025) et celui de l’évocation d’une image (notamment à l’œuvre dans les séries Bells, en 2005, puis Conques et Lianes en 2010, ou Chaînes, en 2016, temps forts de sa collaboration au long cours avec la Galerie kreo). Une forme d’oscillation entre la priorité donnée d’un côté aux enjeux de la forme et de l’autre à ceux de la perception. Cette nouvelle proposition se situe résolument du côté abstrait, du côté phénoménologique. « What you see is what you see », selon la formule par laquelle Franck Stella établissait l’essence même du minimalisme.

Minimalisme. Le terme est délicat à employer, tant les poncifs du design contemporain l’ont chargé de connotations de simplisme, d’ennui et de paresse. Si Ronan Bouroullec se le réapproprie, c’est pour le recharger des qualités exactement inverses. La délicatesse, la subtilité, la sensibilité, le trouble.

Il lui restitue un esprit dont Pascal évoquait ainsi les principes : « On les voit à peine, on les sent plutôt qu’on ne les voit, on a des peines infinies à les faire sentir à ceux qui ne les sentent pas d’eux mêmes. Ce sont choses tellement délicates, et si nombreuses, qu’il faut un sens bien délicat et bien net pour les sentir ». Cet esprit porte un nom : l’esprit de finesse.

Martin Bethenod

 du 4 septembre au 1er novembre 2025

GALERIE KREO

31 Rue Dauphine 75006 Paris

,

Marcel Duchamp

L’art d’être à l’étroit

Troisième exposition que la galerie consacre à Duchamp, cette présentation, mêlant ready-mades, dessins, enregistrements sonores, éditions et pièces rarement montrées, s’inscrit dans une actualité plus large, en écho aux grandes rétrospectives prévues en 2026–2027 au MoMA, au Philadelphia Museum of Art et au Centre Pompidou – Grand Palais.

 On y retrouve plusieurs pièces centrales de la constellation duchampienne : la Boîte Kodak de 1914, la Boîte verte, la Boîte en valise, autant de fragments qui condensent, déplacent et recomposent. Quelques pièces incontournables jalonnent le parcours — Le Peigne, Air de Paris, trois versions différentes de L.H.O.O.Q. — ainsi qu’un rare ensemble de travaux sur papier : la première esquisse pour les Tamis du Grand Verre, un rare chèque signé de 1963, ainsi qu’une caricature de jeunesse, grinçante et ambiguë (Ni homme, ni femme, pas même Auvergnat), où surgit pour la première fois une figure androgyne — comme une préfiguration de Rrose Sélavy.

 Conçue comme une rétrospective en réduction, l’exposition ne cherche ni à démontrer ni à rassembler, mais à illustrer quelques fragments essentiels d’un artiste qui n’a cessé de brouiller les lignes entre l’auteur, l’œuvre et sa reproductibilité. Organiser une rétrospective dans l’intimité de la galerie du 36 rue Jacob revient à rejouer le geste de la Boîte-en-valise : ce n’est pas l’œuvre dans son ensemble que l’on tente de faire tenir dans un espace restreint, mais un condensé de ses gestes, de sa pensée et de ses techniques.

du 17 septembre au 8 novembre 2025

GALERIE DINA VIERNY

26 rue Jacob 75006 Paris

,

Soulages

Une autre lumière

Peintures sur papier

Rarement rassemblée dans des expositions à part entière, l’œuvre sur papier de Pierre Soulages constitue pourtant un pan essentiel de son parcours artistique. Dès 1946, il explore cette voie avec des peintures au brou de noix aux traces larges et affirmées, qui marquent d’emblée sa singularité au sein des démarches abstraites de l’époque. Grâce à des prêts exceptionnels du musée Soulages, l’exposition rassemble 130 œuvres réalisées entre les années 1940 et le début des années 2000, dont 25 inédites. Vous y découvrez un ensemble de peintures sur papier, longtemps conservées dans l’atelier de l’artiste, qui témoignent de la constance et de la liberté avec lesquelles Soulages aborde ce support.

Privilégiant le brou de noix dans les premières années, Pierre Soulages reviendra souvent à cette matière prisée des ébénistes, pour ses qualités de transparence, d’opacité et de luminosité, en contraste avec le blanc du papier. Il emploiera aussi l’encre et la gouache pour des œuvres dont les formats restreints ne cèdent en rien à la puissance formelle et à la diversité.

En mettant en lumière cet ensemble de peintures sur papier, l’exposition vous invite à redécouvrir Pierre Soulages dans une pratique à la fois intime et déterminante, au cœur de son langage plastique.

du 17 septembre 2025 au 11 janvier 2026

MUSEE du LUXEMBOURG

19 rue de Vaugirard 75006 Paris

,

Emile-Jacques Ruhlmann

Encore un joli évènement à l’occasion du 100ème anniversaire du mouvement Art Déco : la Galerie Guelfucci présente une exposition évènement dédiée à Emile Jacques Ruhlmann (1879 – 1933), l’un des créateur phare de ce mouvement. L’exposition, inaugurée à Paris quelques jours avant l’ouverture de la grande exposition 1925 au MAD, présente cinquante pièces sur les 87 de la collection de la galerie.

Émile-Jacques Ruhlmann est reconnu comme le étant parrain de l’Art déco français. Il a été l’un des premiers à revenir à la pureté traditionnelle de la forme et à la sophistication du goût français après l’époque exubérante de l’Art Nouveau. Ses lignes étaient élégantes et nobles, et son expression artistique se reflétait dans l’harmonie des proportions.

La galerie présente donc ici mobilier, luminaires, tapis, tapisseries et objets dont une sélection d’objets en laque (peu fréquents chez Ruhlmann). Des pièces uniques et rares comme la commode « Lassalle » dont il existe seulement six exemplaires connus et un seul dans l’essence de bois que présente la galerie. Cet exemplaire n’a jamais été vu à ce jour, étant issue d’une collection privée et conservée par ses anciens propriétaires depuis son acquisition en 1954.

Parmi les autres objets rares, une magnifique méridienne de 1916 ou encore la table « Lorcia », l’ une des rares pièce unique de Ruhlmann ; une table « Cla Cla » de 1923 en ébène de Macassar, une pièce emblématique du travail de Ruhlmann dont on peut voir un modèle en acajou au MAD Paris.

du 16 octobre au 23 novembre 2025

GALERIE GUELFUCCI


229 Boulevard Saint Germain 75007 Paris


,

Kris Van Assche

Nectar Vessels

BRONZE

“J’ai créé des vases qui n’ont pas besoin de fleurs. Par leur forme, leur présence et surtout par leurs couleurs, ces vases deviennent les fleurs elles-mêmes. Ils inversent le rôle, absorbent la fonction décorative, sensorielle de la fleur. Ce sont des vases-fleurs. Leur surface est colorée mais sobre, leurs ouvertures révèlent des intérieurs éclatants, aux couleurs profondes, contrastées, ponctuées de reflets dorés. Le regard y est attiré, invité à plonger, invité à plonger dans le vase “

Composée de 14 pièces et éditée en 8 exemplaires, cette collection créée par Kris Van Assche est le fruit de deux années d’échanges avec François Laffanour, qui a donné carte blanche au designer de mode. Le choix du bronze proposé par le galeriste a ouvert un champ d’exploration inédit pour Kris Van Assche mais il l’a abordé avec la même méthode que pour ses collections couture : travailler avec les artisans, écouter le geste, respecter le processus.

Il nous invite ici à une immersion sensorielle et symbolique, où le design se fait sculpture. Les vases présentent une laque mate et poudrée à l’extérieur, qui absorbe la lumière. A l’intérieur, un polissage révèle la chaleur naturelle du bronze or rose. Par leur forme sculpturale, leurs ouvertures énigmatiques qui laissent voir des intérieurs vibrants de couleur et de reflets dorés, ces Nectar Vessels inversent les rôles : ce ne sont plus les fleurs qui ornent les vases, mais les vases eux-mêmes qui deviennent objets de contemplation.

du 26 juin au 19 juillet 2025

LAFFANOUR – GALERIE DOWNTOWN

18 rue de Seine 75006 Paris

,

Robert Doisneau

Instants donnés

Chef de file de la photographie humaniste, Robert Doisneau est très probablement le photographe français le plus connu au monde : selon sa fille Francine, l’Atelier Robert Doisneau et son fonds de 450 000 négatifs ont contribué à 158 expositions depuis son décès en 1994. Un chiffre impressionnant qui témoigne d’une appréciation quasi universelle, mais qui sous-entendrait presque que tout a été vu et dit sur l’auteur de l’incontournable Baiser de l’Hôtel de Ville. Pourtant, cette nouvelle exposition, après deux ans de préparation et l’aide de ses deux filles, Francine Deroudille et Annette Doisneau, a pour ambition de faire passer quelque chose au-delà des images : “une manière de regarder les autres”.

Les commissaires d’exposition ont ainsi opté pour un parcours thématique qui montre les différents aspects de l’œuvre de Robert Doisneau tout en gardant un fil conducteur : le “réalisme poétique”, une notion que l’on comprend très rapidement en voyant les quelque 400 tirages de l’exposition. Le terme renvoie aussi à un courant cinématographique né dans les années 30 – tout comme la photographie humaniste –, ce qui n’est pas sans rappeler que ces photos, toujours impressionnantes de maîtrise dans leur composition, ont une certaine capacité à raconter des histoires. On (re)découvre d’ailleurs sa proximité avec les écrivains, dont son ami Jacques Prévert, avec qui il partage un goût du surréalisme (la Fontaine des Quatre-Saisons, le cabaret tenu par les frères Prévert dans les années 50, se trouvait d’ailleurs au rez-de-chaussée de l’actuel musée Maillol).

Une promenade à travers l’œuvre complexe d’un artiste si souvent simplifié qui reprend ici toute sa dimension poétique et profondément humaine. Son regard amusé sur l’enfance. Sa banlieue parisienne qui vire du noir et blanc à la couleur. La visite en toute complicité des ateliers d’artistes peintres et sculpteurs ; son exploration de la mode et du luxe d’après-guerre lors des années Vogue. Autant de thèmes qui dressent le constat social d’un monde sans indulgence dont il se sentit toujours solidaire.

du 17 avril au 12 octobre 2025

MUSEE MAILLOL

59-61 rue de Grenelle 75007 Paris

,

Robert Cottingham

Cameras, Typewriters & Components

« Il semblera peut-être cavalier et paradoxal d’envisager la peinture de Robert Cottingham en évoquant avant tout ce qui ne s’y voit jamais. Plus étrange encore d’extrapoler à partir de ce qui serait alors assimilé à une absence, afin de saisir les propriétés cardinales de son projet. Mais, après tout, en ce qu’elle est un art du cadrage, la peinture est bien une opération de limitation — d’omission, d’exclusion —, par laquelle une chose est rendue accessible au regard, restituée à son caractère unique, singularisée, parfois magnifiée. Aux dépens de tout le reste : proposée en dehors du cours ordinaire des choses sur le plan restreint du tableau. Et quand nous lui faisons face, nous pouvons dire que nous y sommes, tout à fait dévoués à la forme de son sujet. — Ce qui ne se voit jamais dans l’œuvre de Cottingham ne saurait bien sûr être caractérisé comme un manque, puisque, aussi bien, il s’agit d’un bannissement délibéré, en toute cohérence avec ses premières intuitions.

À une exception près (…) la figure humaine est absente de son œuvre. Exilée sans retour, dans un hors-champ qu’elle rend improbable, presque impensable. (…) ‘les choses que je choisis de peindre en disent bien plus à propos de l’homme que la peinture d’un homme.’ (…)

La peinture est en même temps l’instrument et la destination de la capture photographique, moins dans le but de sublimer ces détails que dans celui de les déterminer en tant qu’objets bientôt délestés de leur condition de fragments, et alors disposés à devenir des totalités légitimes en elles-mêmes. Dans cette perspective, l’art de Cottingham, à l’instar d’autres artistes photoréalistes, est moins à comprendre dans les termes d’une dépendance à l’égard de la photographie, que par la manière dont ils cherchent à en décevoir la qualité de reflet fidèle de la réalité. Le Pop art avait déjà cultivé une forme de désillusion à l’égard de la photographie. Il s’agissait pour Lichtenstein, Warhol, Rosenquist, parmi d’autres, de métamorphoser les images médiatiques (de la bande dessinée aux clichés des produits de consommation, en passant par le cliché journalistique) sous un prisme ironique qui commandait une transfiguration des images ready-made par une stricte maîtrise des moyens plastiques. Pour la génération d’artistes qui lui succède, il s’agit d’une part de sortir des intérieurs et de délaisser le modèle persistant de la nature morte, et d’autre part de contester à la photographie le privilège qu’elle avait acquis dans la représentation du monde réel. (…)

Rien de hasardeux dans le fait que, à la fin des années quatre-vingt-dix, Cottingham ait entrepris en parallèle deux séries que l’on peut comprendre moins en tant que suite logique de l’American Alphabet (…), que comme redistribution de la question de l’image et de la lettre. D’un côté, des peintures, aquarelles et dessins d’appareils photographiques ‘vintage’ des années 1950 ; de l’autre, des machines à écrire, datées de la même période, vues sous tous les angles, révélant parfois leur mécanisme interne, par exemple dans l’hypnotisant Underwood Side View (2009). Non plus les images et les lettres elles-mêmes dans leur déploiement spatial, mais les instruments qui les produisent, intermédiaires entre l’intention créatrice et sa concrétisation, moyens mécaniques qui en conditionnent les formes. »

Extraits du texte d’Alain Cueff «Des enseignes aux signes» paru dans le catalogue de l’exposition.

du 12 juin au 19 juillet 2025

VALLOIS

36 rue de Seine 75006 Paris

Paul Poiret

La Mode est une fête

Paul Poiret, figure incontournable de la haute couture parisienne du début du XXe siècle. Considéré comme le libérateur du corps féminin pour l’avoir décorseté, Paul Poiret a rénové la mode.

« Paul Poiret, la mode est une fête » offre une immersion dans l’univers foisonnant du créateur, de la Belle Époque aux Années folles. Elle explore ses créations dans les domaines de la mode, des arts décoratifs, du parfum, de la fête et de la gastronomie. À travers 550 œuvres (vêtements, accessoires, beaux‑arts et arts décoratifs) l’exposition met en lumière l’influence durable de Paul Poiret et révèle l’étendue de son génie créatif. Un voyage fascinant à la rencontre d’un homme dont l’héritage continue d’inspirer les créateurs de mode contemporains, de Christian Dior en 1948 à Alphonse Maitrepierre en 2024.

Né à Paris en 1879, Paul Poiret débute sa carrière comme apprenti dans plusieurs maisons de couture. Il se forme aux côtés de Jacques Doucet dès 1898, puis rejoint en 1901 la maison Worth, alors dirigée par les deux fils du fondateur de la haute couture. Dans ces maisons, Poiret observe et assimile les rudiments du métier de couturier : le contact avec les clientes et le travail en équipe. Ces expériences lui confèrent l’impulsion nécessaire pour établir sa propre maison de couture en 1903. Il y définit une nouvelle esthétique du corps féminin, en mouvement et sans carcan, rompant avec la silhouette en S du début du siècle. Sa ligne, simplifiée, est d’une grande modernité. En témoigne la robe du soir Joséphine, chef-d’œuvre de la collection « manifeste » de 1907, d’inspiration Directoire. La taille est remontée sous la poitrine et maintenue à l’intérieur de la robe par un ruban en gros-grain légèrement baleiné. Poiret utilise des tissus légers et emploie des couleurs vives et acides. Sa palette chromatique fait écho à celle du fauvisme, mouvement pictural du début du XXe siècle qu’il apprécie particulièrement.

Il a une clientèle aisée et cultivée, avide de nouveautés et s’entoure d’artistes novateurs avec lesquels il collabore et qu’il collectionne (Paul Iribe, Raoul Dufy, Maurice de Vlaminck ou encore Georges Lepape). Après la Première Guerre mondiale, pendant laquelle il est mobilisé, Poiret retrouve l’inspiration grâce à ses voyages et aux fêtes qu’il organise. Les années 1920 sont marquées par de nombreuses dépenses liées à son train de vie excessif et au développement de ses sociétés (la maison de couture, la maison Martine et les Parfums de Rosine). Il est forcé de vendre sa maison de couture en novembre 1924 et de la quitter définitivement en décembre 1929. En 1925, il participe à l’Exposition Internationale des Arts décoratifs et industriels modernes sur ses fonds propres : il affrète trois péniches sur le bord de la Seine où il présente l’ensemble de son univers (couture, décoration intérieure, parfums). Cet évènement est un gouffre financier.

Chronologique et thématique, l’exposition plonge le visiteur dans le Paris moderne du premier quart du XXe siècle. Elle met en lumière les débuts du parcours de Paul Poiret, retraçant les bases de son apprentissage chez Doucet et Worth. Elle dévoile peu à peu ses relations et insiste sur ses innovations. L’on découvre au fil de la déambulation les multiples facettes du créateur dont la pratique s’apparente plus à celle d’un chef d’orchestre que d’un simple couturier. Le parcours est ponctué d’œuvres d’artistes ayant accompagné Poiret tout au long de sa carrière. Parmi eux, le décorateur et architecte Louis Süe qui a aménagé sa maison de couture avenue d’Antin. Poiret est un dénicheur de jeunes talents qu’il soutient et avec lesquels il noue parfois de longues amitiés, comme Raoul Dufy. De leur relation naissent des créations uniques telles que le manteau La Perse (1911), dont la coupe est conçue par Poiret et les motifs imprimés par Dufy.

Au-delà des artistes, il côtoie des membres de la société fortunée et cosmopolite, clients des grandes maisons de couture. C’est le cas de la collectionneuse d’avant-garde et galeriste américaine Peggy Guggenheim.

Dès 1909, la compagnie des Ballets Russes de Serge de Diaghilev se produit à Paris. Poiret assiste à ses spectacles, caractérisés par la fusion entre les arts (musique, danse, décors et costumes). Il est frappé par leur modernité qu’il va transcrire dans sa pratique. Des photographies de la danseuse Tamara Karsavina pour Shéhérazade sont exposées aux côtés d’un dessin de Léon Bakst, décorateur du ballet. Poiret habille à la scène des danseuses telles que Isadora Duncan et Nyota Inyoka.

Ses différents voyages en Europe et au Maghreb le marquent profondément. Il retranscrit certaines de ces impressions dans ses mémoires, En habillant l’époque (1930), allant jusqu’à mentionner ses expériences culinaires et olfactives. Il réemploie les tissus et broderies qu’il rapporte de voyage dans ses créations de mode. Il nomme parfois ses tenues de lieux qu’il a visités : MarrakechTolède

L’exposition rend compte des fêtes spectaculaires organisées par le couturier à travers plusieurs costumes. Sont évoquées Les Festes de Bacchus et la fameuse fête de La Mille et deuxième Nuit. Poiret y invite ses amis artistes (Kees van Dongen ou encore Dunoyer de Segonzac) avec le tout-Paris mondain. Ces soirées sont des moments de sociabilité dont la presse de l’époque se fait l’écho. Ils constituent aussi des évènements publicitaires pour sa maison de couture.

L’intimité de Poiret est dévoilée à travers des photographies et portraits de famille. On y voit Denise Poiret, les enfants du couple, mais aussi la sœur du couturier, Nicole Groult. Cet espace met en lumière des moments précieux de sa vie personnelle.

L’exposition présente également les multiples talents de Poiret : en plus d’être couturier, il est peintre, comédien, écrivain, gastronome et musicien. Tel un chef d’orchestre, Poiret aspire à la création d’une œuvre d’art totale. Sa propension à fédérer les disciplines se retrouve dans les deux sociétés qu’il fonde en 1911 : Martine, dédiée à la décoration d’intérieur et divisée entre une école et un atelier, et Les Parfums de Rosine. En effet, pour la naissance d’un parfum, il fait participer plusieurs talents. Par exemple, pour Arlequinade (1923), le flacon est dessiné par l’artiste Marie Vassilieff et fabriqué par le sculpteur-verrier Julien Viard, et le jus est élaboré par le parfumeur Henri Alméras.

Le parcours de l’exposition se prolonge par l’évocation de ses créations dans le cinéma des années 1920, par exemple dans L’Inhumaine de Marcel L’Herbier. Il s’achève par l’influence de Poiret sur les couturiers et créateurs de mode des XXe et XXIe siècles. Des couturiers comme John Galliano, Christian Dior, Christian Lacroix et Yves Saint Laurent ont puisé dans l’orientalisme, le folklore, l’esprit de fête et les arts du spectacle. À l’image de Paul Poiret, ils ont incarné le rôle de directeurs artistiques, donnant à la mode une dimension narrative et spectaculaire. Paul Poiret a été le premier couturier à faire appel à des artistes pour intervenir sur ses textiles, décors, illustrations et autres moyens de communication. Il est de ce fait le pionnier de ce que l’on appelle aujourd’hui les « collabs » ; pratique commune depuis le début des années 2000 entre les marques de mode et les artistes.

du 25 juin 2025 au 11 janvier 2026

MAD PARIS


107 rue de Rivoli 75001 Paris

,

Edgar Jayet

Si je t’écris ce soir de Vienne

À l’invitation de la Galerie Romain Morandi, le designer et architecte Edgar Jayet présente une collection inédite de mobilier : six pièces en édition limitée à 8 exemplaires, créées spécialement pour l’exposition, qui sont présentées aux côtés d’oeuvres historiques des maîtres du mouvement sécessionniste, Otto Wagner, Josef Hoffmann ou encore Adolf Loos, offrant un éclairage nouveau sur le rôle fondateur de la Sécession viennoise et sa pérennité dans le design d’aujourd’hui.

L’exposition, imaginée de concert par Romain Morandi et Edgar Jayet, célèbre la contribution déterminante des architectes viennois à la formulation du mouvement moderne, mais davantage qu’un simple hommage, elle invite à méditer la part d’héritage inhérente à tout acte créatif et sa place dans la transmission culturelle.

D’une remarquable érudition, le mobilier imaginé par Edgar Jayet, devenu maitre dans l’art de naviguer entre les époques, se distingue par son esprit de synthèse et son élégante sobriété. Le designer interroge ainsi la permanence des formes et des styles, à la manière d’Aby Warburg (1866-1929); l’historien de l’art allemand a démontré que certaines formes traversent les siècles, se transmettant au-delà des ruptures historiques, porteuses de mémoire et de sens.

Vienne en 1900 n’est pas seulement une ville à son apogée, mais le théâtre d’une fulgurance créative, une véritable antichambre de l’art des XXe et XXIe siècles. Plus qu’un simple mouvement, la Sécession viennoise, en rompant avec l’académisme, a jeté les bases d’une modernité qui résonne encore aujourd’hui dans l’architecture, le design et les arts visuels. Vienne n’est donc pas qu’une ville: c’est un concept, un point-de-vue depuis lequel se positionner pour créer.

La collection imaginée par Edgar Jayet en regard des pièces historiques de la galerie, s’inscrit dans cet héritage. Faisant appel à des artisans d’exception, dans la digne continuité des Wienerwerkstatte – ébénistes, tapissiers, orfèvres, ferronniers et abat-jouristes confèrent aux pièces leur supplément d’âme. En résulte un corpus évoquant une époque déterminante pour la création, affirmant surtout que toute création résolument contemporaine peut interroger l’esprit de ses origines.

du 5 au 29 juin 2025

GALERIE ROMAIN MORANDI

18 rue Guénégaud 75006 Paris

,

Mary Clerté

Jacqueline

Après Les Voies sauvages et Canine, où elle montrait déjà une vision très personnelle de la maternité ou de la figure féminine, à la fois énigmatique et incarnée, Mary Clerté nous présente Jacqueline, sa troisième exposition, une série de peintures à l’huile inspirées par la figure de sa mère. Le prénom évoque ainsi à la fois l’intime et l’icône : de l’Amérique de Jackie Kennedy à une certaine idée de l’élégance des années 60, à ces femmes impeccables, mystérieuses, soeurs des héroînes du cinéma d’Alfred Hitchcock, récurrentes dans l’oeuvre de Mary.

Artiste et réalisatrice, Mary Clerté aborde chaque exposition comme un ensemble visuel presque scénarisé. D’un tableau à l’autre c’est un dialogue silencieux qui se joue : une façon d’interroger des gestes, des postures, des regards, elle mène l’enquête et une personnalité se dessine, parfois une émotion, parfois un vertige. Il y a dans cette démarche une recherche intime comme si l’artiste tentait de se reconnaître dans les fragments qu’elle assemble. Mais là où tout semble maîtrisé, un détail déborde souvent …

L’esthétique de ces peintures se construit dans une tension continue entre beauté et inquiétude. Elle évoque les ambiances troubles et acidulées de films comme Saltburn, Birth ou Leave Her to Heaven, où chaque image, derrière son éclat ou son calme apparent, laisse affleurer quelque chose de plus ambigu. Ce que Mary Clerté cherche à capter, ce sont ces failles délicates sous la perfection d’un brushing, un regard trop fixe, une lumière trop douce. Les apparences y sont travaillées avec précision, mais toujours pour mieux révéler ce qu’elles dissimulent.Elle explore ce qui se joue derrière les apparences : les gestes retenus, les regards fuyants. À travers une esthétique maîtrisée, inspirée par le cinéma, elle fait émerger des récits ambigus, empreints de désir, de retenue et de trouble …

du 21 mai au 5 juillet 2025

Galerie PIXI – Marie-Victoire Poliakoff

95 rue de Seine 75006 Paris