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Figures du Fou

Du Moyen Âge aux Romantiques

Étudiée par l’histoire sociale et culturelle, la fascinante figure du fou, qui faisait partie de la culture visuelle des hommes du Moyen Âge, l’a rarement été du point de vue de l’histoire de l’art : pourtant entre le XIIIe et le milieu du XVIe siècle, la notion de folie a inspiré et stimulé la création artistique, aussi bien dans le domaine de la littérature que dans celui des arts visuels.

Pour le grand public, l’art médiéval est essentiellement religieux. Pourtant, c’est le Moyen Âge qui a donné corps à la figure subversive du fou. Si elle prend ses racines dans la pensée religieuse, elle s’est épanouie dans le monde profane pour devenir à la fin de la période un élément essentiel de la vie sociale urbaine.

Pour l’homme médiéval, la définition du fou est donnée par les Écritures, en particulier le premier vers du psaume 52 : « Dixit insipiens... » (L’insensé a dit en son cœur : « Il n’y a pas de Dieu ! »). La folie est avant tout méconnaissance et absence d’amour pour Dieu. Inversement, il existe aussi des « fous de Dieu », tel saint François. Au XIIIesiècle, la notion est donc inextricablement liée à l’amour et à sa mesure ou démesure, d’abord dans le domaine spirituel, puis dans le domaine terrestre.

Le thème de la folie de l’amour hante les romans de chevalerie (celle d’Yvain, de Perceval, de Lancelot ou de Tristan) et leurs nombreuses représentations, notamment dans les enluminures et les ivoires. Bientôt, le personnage du fou s’immisce entre l’amant et sa dame : il est celui qui dénonce les valeurs courtoises et met l’accent sur le caractère lubrique, voire obscène, de l’amour humain.

De mystique ou de symbolique qu’il était, le fou se « politise » et se « socialise » : au XIVsiècle, le fou de cour devient l’antithèse institutionnalisée de la sagesse royale et sa parole ironique ou critique est acceptée. Une nouvelle iconographie se met en place et on reconnaît le fou à ses attributs : marotte, habit rayé ou mi-parti, capuchon, grelots.

Le XVe siècle est celui de l’expansion formidable de la figure du fou, liée aux fêtes carnavalesques et au folklore. Associé à la critique sociale, le fou sert de véhicule aux idées les plus subversives. Il joue également un rôle dans les tourments de la Réforme : dans ce contexte, le fou c’est l’autre (catholique ou protestant). Au tournant du Moyen Âge et de la Renaissance, sa figure est devenue omniprésente, ainsi que le montre l’art de Bosch puis celui de Bruegel.

A l’époque moderne, la figure du fou institutionnel semble s’effacer progressivement, remplacé dans les cours d’Europe par le bouffon ou le nain. Dès le milieu du siècle des Lumières, la folie prend sa revanche pour apparaître sous d’autres formes, moins contrôlées. L’exposition se conclut par une évocation du regard porté par le XIXe siècle sur le Moyen Âge par le prisme du thème de la folie, mais avec l’éclairage tragique, voire cruel, que lui ont conféré les révolutions politiques et artistiques.

du 16 octobre 2024 au 3 février 2025

MUSEE DU LOUVRE

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Soulages

Années 50


Pierre Soulages (1919 – 2022) est sans doute l’artiste préférédes Français : sa rétrospective à Pompidou en 2009 connut un record de fréquentation, son musée éponyme à Rodez est devenu un lieu de référence et en 2016, son exposition au Louvre l’a placé parmi les plus grands. Aussi l’hommage national qui lui fut rendu lors de sa disparition à l’âge de 102 ans, l’a fait entrer de manière définitive dans notre patrimoine artistique. Depuis plus de 30 ans, en tant que spécialiste de la seconde École de Paris, la galerie Pascal Lansberg défend avec ferveur Pierre Soulages. Maurice, père de Pascal, alors qu’il était encore collectionneur, eut la chance de posséder un tableau-phare daté 1957, aujourd’hui conservé à la Fondation Gandur pour l’Art. Cette œuvre fascinante avait le pouvoir, disait-il, « de le délasser de tous ses soucis ». Il se réjouissait de ce moment d’évasion et de contemplation qu’elle lui procurait chaque soir, après une longue journée de travail …

Avec cette exposition, la galerie rend hommage à Soulages pour la troisième fois, après deux expositions organisées, du vivant de l’artiste, en 2009 et 2016. Pour cet hommage posthume, la galerie fait le choix de concentrer son regard sur ses œuvres historiques datant des années 50, particulièrement recherchées par les collectionneurs et réalisées avant la période bien connue de l’Outrenoir qui s’ouvrira à partir de 1979.


Au lendemain de la guerre, Pierre Soulages défriche les voies d’une abstraction nouvelle et singulière caractérisée par un geste maîtrisé, découvrant de frappants clairs-obscurs et des couleurs saisissantes. L’exposition est inédite et créera la surprise ! En effet, la plupart des œuvres présentées ont été conservées dans des collections privées et sont donc inconnues du marché et du grand public. Une dizaine de tableaux emblématiques sont ainsi dévoilés, parmi lesquels de spectaculaires grands formats, ainsi que quelques œuvres sur papier incluant un exceptionnel « brou de noix », une matière offrant des qualités d’opacité et de transparence particulièrement intéressantes pour Soulages. Les collectionneurs et le grand public peuventt s’exercer à l’art de différencier une oeuvre datant de 1952 d’une autre de 1957 car les compositions, les rythmes et les techniques de Soulages ont évoluées tout au long des années 50.

du 10 octobre au 16 novembre 2024

GALERIE PASCAL LANSBERG

36 rue de Seine 75006 Paris

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Leonor Fini

Considérée comme l’une des artistes les plus importantes du XXème siècle, mais aussi comme l’une des plus incomprises, Leonor Fini (1907–1996) fait depuis quelques années l’objet d’une réévaluation passionnée. Multiples records aux enchères, représentation croissante de sa peinture dans les musées … la Galerie Minsky célèbre ce moment important dans l’histoire de sa réception à travers trois expositions organisées sous le commissariat de Richard Overstreet, ayant droit de Leonor Fini. En parallèle elle reçoit aussi les honneurs des cimaises de la grande exposition du Centre Pompidou sur le surréalisme.

En guise de premier volet, la Galerie Minsky organise un solo show de Leonor Fini comprenant des chefs-d’œuvre issus des années 20 aux années 90. une vingtaine de tableaux qui révèle l’extraordinaire palette, entre symbolisme et surréalisme, entre rêve et lucidité, de Leonor Fini, dont deux rares autoportraits des années 1940 et 1950 qui sont exceptionnellement présentés au public. Née en Argentine avant de grandir à Trieste, en Italie, cette « scandaleuse », dixit André Breton, détestait qu’on lui colle des étiquettes ! En trois expositions successives, jusqu’au 15 janvier 2025, la galerie Minsky, qui la représente depuis 1978, offre une belle exploration de ses extravagances. On découvre ainsi Nebbia (1982), énigmatique toile qui rappelle une scène embrumée de théâtre (pour lequel Leonor Fini œuvra pour les costumes comme pour les décors ou les affiches…).

Deux masques perlés et en tulle ouvrent aussi une porte sur son grand bal intime, où l’aristocrate et peintre italien Stanislao Lepri, partenaire du trouple formé avec le lettré Constantin Jelenski, tient un premier rôle. Dès le 7 novembre, la galerie Minsky les présentera ensemble dans une deuxième expo, avant de montrer leurs œuvres sur papier dans un ultime accrochage.

du 3 septembre au 5 novembre 2024

GALERIE MINSKY

37 rue Vaneau 75007 Paris

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Créatures

Sur un thème unique, offrant une captivante ménagerie d’animaux et de créatures mythologiques, l’exposition est imaginée comme une promenade à travers les âges et les civilisations, de l’Égypte antique à l’époque romaine avec la céramique de Pablo Picasso. Le terme créature vient du latin « créatura », qui signifie être créé. Qu’elles soient nées de la nature ou de notre imaginaire, présentes dans les mythes ou dans nos paysages, les créatures ont toujours fasciné et peuplé notre monde. Sphinges, faunes, satyres, gorgones… ces créatures chimériques et mythologiques traversent les âges, nous questionnant sur les rapports entre animal et humain, réel et merveilleux, normé et monstrueux, ainsi que sur l’évolution de nos perceptions. À travers elles, l’exposition invite à repenser la place et le rôle de ces symboles dans l’art d’hier et d’aujourd’hui.

Toutes ces créatures prennent place dans une mise en scène aux influences victoriennes et oniriques. Cette esthétique, quasi-théâtrale, rappellera les ambiances fantastiques du dernier film de Yorgos Lanthimos, tout en évoquant une profondeur historique intemporelle. La juxtaposition de marbre sculpté, de céramique fragile et précieuse, de tons pastel ponctués d’une douce note végétale créent ensemble une mise en scène contemporaine alliant art, rêve, un voyage à travers les époques et l’imaginaire.

du 15 octobre au 20 décembre 2024

GALERIE CHENEL

3 Quai Voltaire 75007 Paris

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Rodin / Bourdelle

Corps à Corps

Antoine Bourdelle (1861-1929) admira Auguste Rodin (1840-1917), de vingt ans son aîné. Il travailla pendant quinze années comme praticien, chargé de tailler des marbres pour Rodin. Le maître perçut en cet héritier, volontiers indocile, un “éclaireur de l’avenir”. À travers plus de 160 œuvres, dont 96 sculptures, 38 dessins, 3 peintures et 26 photographies, la confrontation donne à voir, avec une ambition et une ampleur inédites, les fraternités et réciprocités comme les divergences et antagonismes de deux créateurs, de deux univers plastiques, porteurs des enjeux majeurs de la modernité.

Neveu d’un tailleur de pierre et fils d’un ébéniste, Antoine Bourdelle apprend très tôt le travail de la matière. Auguste Rodin fait connaissance avec l’oeuvre de son cadet au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts de 1892. Assailli de commandes, Rodin fait alors travailler une dizaine de praticiens, et sollicite Bourdelle.

Entre 1893 et 1907, Bourdelle taille une dizaine de marbres pour Rodin dans ses ateliers (actuel musée Bourdelle), aidé de ses propres praticiens et élèves. Désireux d’être davantage qu’un simple exécutant, il propose notamment de le seconder auprès des fondeurs. De son côté, Rodin soutient le jeune sculpteur, notamment pour le Monument aux combattants de Montauban, marqué par l’expressivité rodinienne. En 1902 apparaissent les premières tensions : Bourdelle tarde trop à tailler Ève et propose pour le buste de Rose Beuret une composition rejetée par Rodin. Pourtant leur collaboration dure encore quelques années. En mars 1908, Bourdelle peut enfin écrire : « J’ai en ce moment beaucoup de travaux. Je n’ai plus besoin de travailler pour Rodin. Je vends beaucoup. »

Du 2 octobre 2024 au 2 février 2025

MUSEE BOURDELLE


18 rue Antoine-Bourdelle 75015 Paris

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Chefs-d’oeuvre de la Collection Torlonia

La plus grande collection privée de sculpture antique romaine conservée à ce jour – celle rassemblée par les princes Torlonia durant tout le XIXe siècle à Rome- se dévoile au public depuis la première fois depuis le milieu du XXe siècle dans une série d’expositions – évènements. 

C’est au Louvre que les marbres Torlonia s’installent pour leur premier séjour hors d’Italie, dans l’écrin restauré des appartements d’Anne d’Autriche, siège des collections permanentes de sculpture antique depuis la fin du XVIIIe siècle et la naissance du musée du Louvre. Les collections nationales françaises se prêtent volontiers à un dialogue fécond avec les marbres Torlonia, qui interroge l’origine des musées et le goût pour l’Antique, élément fondateur de la culture occidentale.

 Cette exposition met en lumière des chefs-d’oeuvre de la sculpture antique et invite à la contemplation des fleurons incontestés de l’art romain, mais également à une plongée aux racines de l’histoire des musées, dans l’Europe des Lumières et du XIXe siècle.

du 26 juin au 11 novembre 2024

MUSEE DU LOUVRE

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Corps in-visibles

Une enquête autour de la Robe de chambre du Balzac

Le musée Rodin met à l’honneur une pièce méconnue de ses collections, l’Étude de robe de chambre pour Balzac d’Auguste Rodin. Conçue à partir d’une sélection de sculptures issues des collections du musée, de pièces de mode du 19e siècle du Palais Galliera et d’archives inédites de la bibliothèque de l’Institut de France, l’exposition déplie, à partir de la singulière Robe de chambre, une enquête sur la recherche d’un corps de Balzac par Rodin. Cette investigation est un véritable prélude à une réflexion sur les corps – réels, idéalisés, statufiés et occultés – dans la statuaire monumentale du 19e siècle qui peuplent toujours notre monde contemporain.

Le corps de Balzac, tel que Rodin l’appréhende par le vêtement, lorsqu’il fait refaire un costume du romancier disparu par le tailleur de Balzac, révèle de l’homme son physique considéré comme peu avantageux par les commanditaires du monument : Balzac, en un mot, était gros. Faisant dialoguer couture et sculpture, et rapprochant la pratique des tailleurs de celle des statuaires, l’exposition observe comment la perception des corps influence la fabrique de leur image de bronze, fortement idéalisée. Elle révèle combien le mythe de Balzac écrivant en robe de chambre permet finalement à Rodin de cacher sous d’amples plis un corps refusé en raison de sa corpulence. L’exposition invite à réfléchir à la représentation des corps dans l’espace public, et au nécessaire élargissement contemporain de ces représentations.

Choisi par la Société des Gens de Lettres en 1891 pour sculpter un monument à Balzac, Auguste Rodin se lance dans la quête du romancier disparu depuis près d’un demi-siècle : de l’étude de l’image de Balzac à Bruxelles chez un collectionneur de reliques balzaciennes, à la recherche de son corps dans la Touraine natale de l’écrivain où Rodin trouve pour modèle un charretier corpulent, les étapes de cette enquête sont restituées au fil de l’exposition. Fait largement inconnu, Rodin retrouve même le tailleur de Balzac et lui fait refaire un costume de l’écrivain pour mieux en comprendre la physionomie. Les visiteurs pourront ainsi découvrir la redingote de Balzac, retaillée pour l’occasion à partir des mesures réelles et inédites de son corps.

Rodin s’attèle ensuite au défi d’incarner Balzac dans la terre et le plâtre quatre années durant. La réaction de ses contemporains, pour lesquels un grand homme de bronze ne saurait être représenté petit et ventru, l’engage à se tourner vers le mythe d’un Balzac écrivant en robe de chambre pour cacher ce corps sous les plis d’un grand drapé. Le moulage d’une véritable robe de chambre dans le plâtre, vers 1896-1897, apparaît dès lors comme la solution à la quête d’une formule plastique restituant l’idée de Balzac, à défaut d’en représenter le corps exact. L’extraordinaire Étude de robe de chambre pour Balzac, à laquelle se consacre la seconde partie de l’exposition, rend compte du cheminement du sculpteur vers une idéalisation du corps, et invite à s’interroger sur les enjeux actuels liés à la grossophobie et la mise à l’écart de nombreux corps divergeant de la « norme ».

L’exposition se finit sur la confrontation de la statue de Balzac, achevée en 1898 et aussitôt refusée par la Société des Gens de Lettres, à une œuvre du sculpteur contemporain Thomas J. Price représentant une femme noire anonyme, en jogging. D’un côté, un Balzac idéalisé mais difficilement compréhensible pour ses commanditaires, fin 19e siècle, et de l’autre la célébration monumentale d’une anonyme, symbole d’une nouvelle diversité dans la statuaire publique du 21e siècle. En prenant comme point de départ le processus de création du Monument à Balzac, l’exposition « Corps In.visibles » invitera plus largement à une réflexion sur l’évolution des représentations du corps dans l’espace public.

du 15 octobre 2024 au 2 mars 2025

MUSEE RODIN

77 rue de Varenne 75007 Paris

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Matisse

Dessins

Les liens entre Dina Vierny et Matisse remontent aux années 1940, lorsque Maillol recommanda son modèle au maître avec ces mots : « Matisse, je vous envoie l’objet de mon travail, vous la réduirez à un trait. » Ce dernier se lança alors dans un ambitieux projet : revisiter L’Olympia de Manet. Mais Maillol la rappela rapidement, et le projet resta à l’état d’ébauches.

Ce moment passé ensemble fit naître une amitié qui dura jusqu’au décès de Matisse en 1954 : « J’avais vingt-deux ans, je posais avec plaisir, les propos de Matisse m’enchantaient. Comme avec Maillol, pas un instant d’ennui avec lui. » Matisse joua un rôle fondamental dans la genèse de la galerie Dina Vierny car c’est aussi lui conseilla la jeune marchande et l’accompagna dans la création de son espace d’exposition. Il convainquit Auguste Perret, occupé à l’époque à reconstruire le Havre, de dessiner la petite galerie du 36 rue Jacob, qui n’a subi aucun changement depuis son ouverture en 1947.

L’œuvre dessiné d’Henri Matisse fut présenté à quatre reprises à la Galerie Dina Vierny : en 1966, 1970, 1980 et 1982. Cette exposition est donc la cinquième consacrée aux dessins de Matisse chez Dina. Certains d’entre eux ont d’ailleurs eu leur place sur les cimaises de la galerie lors des précédentes manifestations.

Pour Matisse, le dessin n’est pas seulement un outil préparatoire, mais un art à part entière, où chaque ligne traduit toute la sensibilité et la profondeur de son approche artistique. Il est un moyen d’explorer l’essence des formes et de la figure humaine, d’aller à l’essentiel sans se laisser distraire par le superflu. Sa maîtrise du trait est reconnue pour sa fluidité et son élégance. Chaque ligne, épurée mais précise, capte l’essence du sujet. Matisse a ouvert la voie à une nouvelle approche du dessin, dans laquelle figure et fond cohabitent harmonieusement et se complètent. En 1989, dans le catalogue d’une exposition organisée par Dina Vierny, Pierre Schneider écrivait à ce propos :
« La ligne tracée par Matisse anime les figures, mais aussi le fond. En vérité, on ne devrait plus parler ici de figure et de fond, puisque le trait qui qualifie l’une qualifie également l’autre, puisque la plume, le crayon, en nommant celle-ci, ne relèguent pas celui-là dans l’anonymat. Le sillon d’encre divise sans séparer. La blancheur qu’il enclôt et celle qui l’enclôt pèsent du même poids. Il est rare que Matisse ne ménage pas dans ces tracés, à leurs carrefours ou à leurs points de convergence, des brèches, des ouvertures à peine perceptibles, par lesquelles ils communiquent, échangent leur substance, et cette substance leur est commune. Matisse met fin à la guerre entre le noir et le blanc, le limité et l’illimité, le plein et le vide. »

du 15 octobre au 21 décembre 2024

GALERIE DINA VIERNY

36 rue Jacob 75006 Paris

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Tarsila do Amaral

Figure centrale du modernisme brésilien, Tarsila do Amaral (1886-1973) est la créatrice d’une œuvre originale et évocatrice, puisant dans les imaginaires indigéniste, populaire et moderne d’un pays en pleine transformation. 

À Paris, dans les années 1920, elle met son univers iconographique à l’épreuve du cubisme et du primitivisme, avant d’initier, à São Paulo, le mouvement « anthropophagique », prônant la « dévoration », par les Brésiliens, des cultures étrangères et colonisatrices, comme forme à la fois d’assimilation et de résistance.

Ses paysages aux couleurs vives laissent alors la place à des visions insolites et fascinantes, avant qu’une dimension plus ouvertement politique n’apparaisse dans ses toiles des années 1930. Le gigantisme onirique et la géométrie presque abstraite de ses dernières compositions ne font que confirmer la puissance d’une œuvre ancrée dans son temps et toujours prête à se renouveler.

Venant combler un manque de reconnaissance de l’artiste en Europe et présentant quelques aspects inédits de son œuvre, cette rétrospective nous invite au cœur du Brésil moderne et de ses clivages entre tradition et avant-garde, centres et périphéries, cultures savantes et populaires.

du 9 octobre 2024 au 2 février 2025 

MUSEE DU LUXEMBOURG

19 rue de Vaugirard 75006 Paris 

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Harriet Backer

Méconnue hors des frontières de son pays, la peintre norvégienne Harriet Backer a pourtant été la peintre femme la plus renommée dans son pays à la fin du XIXe siècle. Célèbre pour son usage de coloris riches et lumineux, elle a réalisé une synthèse très personnelle des scènes d’intérieur et de la pratique du plein-air. Elle puisait aussi bien son inspiration dans le courant réaliste que dans les innovations de l’impressionnisme à travers une touche libre et un très grand intérêt porté aux variations de la lumière. Elle est aussi connue pour ses portraits sensibles du monde rural et son intérêt pour les intérieurs d’églises.

À une époque où les femmes n’étaient pas considérées en Norvège comme des citoyennes à part entière, elle s’est hissée à la force du pinceau comme une figure importante de la scène artistique de son temps. Membre du conseil d’administration et du comité d’acquisition de la Galerie nationale de Norvège pendant vingt ans, elle ouvre au début des années 1890 une école de peinture où elle forme des artistes importants de la génération suivante, tel Nikolai Astrup, Halfdan Egedius et Helga Ring Reusch. Elle est soutenue par le collectionneur Rasmus Meyer, également grand mécène d’Edvard Munch.

Alors que la peinture de Backer a beaucoup évolué d’un point de vue stylistique au cours de sa longue carrière, elle est restée fidèle à un nombre resserré de sujets et sa pratique est toujours nourrie par l’étude sur le motif. Après avoir évoqué la formation de l’artiste dans les grandes capitales culturelles de l’époque que sont notamment Munich et Paris, l’exposition présentera également le cercles des proches d’Harriet Backer, des artistes femmes scandinaves, également formées à travers l’Europe et qui partagent ses engagements féministes. Le parcours abordera ensuite les grands thèmes de prédilection de l’artiste : les intérieurs rustiques, les peintures d’églises traditionnelles norvégiennes, les paysages et son sens très particulier des natures mortes. L’exposition consacrera une large place aux représentations de scènes musicales. Il s’agit en effet d’une composante importante dans la vie de Backer, dont la sœur Agathe Backer Grondhal fut une musicienne renommée en Norvège, et un sujet central dans son œuvre où les vibrations de la touche rendent perceptibles les notes de musique.

Cette exposition, première rétrospective consacrée à cette artiste en France, rejoint un des axes majeurs de programmation du musée d’Orsay qui propose, en parallèle des présentations des figures les plus emblématiques, des découvertes des artistes moins célèbres mais essentiels pour comprendre les grandes évolutions de l’art de la seconde moitié du XIXe siècle. La Norvège fait l’objet d’une attention toute particulière en raison du dynamisme de sa scène artistique et des liens privilégiés que les artistes entretenaient avec les avant-gardes parisiennes.

du 24 septembre 2024 au 12 janvier 2025

MUSEE D’ORSAY

Esplanade Valéry Giscard d’Estaing 
75007 Paris

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Histoire d’une Galerie

2024 marque le centième anniversaire de la galerie Larock-Granoff, sans doute la plus ancienne galerie parisienne encore en activité, aujourd’hui représentée par la 4ème génération de marchands.

Lorsque Katia Granoff invente son métier de marchand d’art en 1924 et crée ce lieu unique, elle parie déjà sur ceux qui feront l’histoire de l’art moderne. Les choix qu’elle fait alors ont inscrit ces artistes majeurs dans l’histoire, tant leurs œuvres sont des chefs-d’œuvre. Défenseuse de l’œuvre poétique de Marc Chagall dont elle est la première à comprendre l’importance en ce début du XXe siècle, elle expose l’art vivant de son temps et s’impose rapidement comme l’une des marchandes les plus puissantes et les plus suivies de Paris.

La galerie présente ainsi un ensemble d’artistes du XXe siècle de Claude Monet, dont elle est l’artisane de la redécouverte de l’œuvre en France et dans le monde à partir des années 1950, à Marc Chagall, en passant par Amédée Ozenfant, Othon Friesz, Jean Messagier jusqu’à de jeunes peintres contemporains. Katia Granoff défend avec ferveur les Russes de l’École de Paris, exilés comme elle de cet Empire russe qui les pourchasse. Aux côtés de Chagall, elle expose Chaïm Soutine Emmanuel Mané-Katz, Michel Kikoïne, Chana Orloff…

En quelque sorte une petite histoire de l’Art du XXe siècle. Dans les années 50, Katia Granoff a un vrai coup de foudre pour l’impressionnisme normand et l’École de Rouen, la galerie s’installe alors aussi à Honfleur, sur le Vieux Bassin et y présente des peintres comme Othon Friesz, Charles Angrand, Jacques Bouyssou ….

Mue par sa passion inextinguible pour l’art, Katia Granoff redéfinit le métier de marchand au XXe siècle ; sa galerie est un lieu de rencontres, d’échanges intellectuels et artistiques, elle s’adonne également avec brio à la poésie et à la traduction des grands poètes russes. Ses nombreux ouvrages furent récompensés par des prix prestigieux.

Mécène assidue, elle lègue tout au long de sa vie des œuvres majeures aux musées français et à l’international. À sa mort en 1989, sa galerie est reprise par son neveu, Pierre Larock, puis par ses arrière-petits-neveux, Marc et Édouard Larock, qui s’attachent à faire un travail de mémoire, de transmission et de témoignage de l’ensemble du travail réalisé par cette femme d’exception et perpétuent la tradition de mécénat et de défense de l’art de leur temps de Katia Granoff.

du 16 octobre au 28 décembre 2024

Galerie Larock Granoff

13 quai de Conti 75006 Paris

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Louka Anargyros

The Material Is Leather

The Material Is Leather, seconde exposition personnelle de Louka Anargyros chez SEPTIEME, convoque l’héritage politique de la culture cuir. Un espace enseveli de cuir noir signifiant, matériel et sculpté, révèle un mécanisme social puissant mis à l’oeuvre par une communauté assujettie qui, par la réappropriation des symboles de son oppresseur au profit de sa propre condition, en désactive la violence.


Au centre, deux bikers en combinaison de cuir noir s’enlacent. Ces Leatherboys incarnent la poursuite du discours de Louka Anargyros questionnant la masculinité et l’ambivalence de ses symboles où la virilité, lorsque performée à l’extrême, brouille ses propres repères genrés. La moto, dans toute la puissance qu’elle invoque, permet l’allusion à la possibilité d’une existence sans entrave. Elle se trouve être la source historique du mouvement cuir de la communauté queer qui, dans les années 40 à Los Angeles puis 50 à New-York, s’est réapproriée les codes visuels de la culture du biker pour devenir une culture alternative globale. C’est ainsi que sont progressivement apparus les Leather bars, auxquels Louka Anargyros fait explicitement référence, en tant qu’espaces historiques de formation communautaire, mêlant l’exploration d’une liberté sexuelle à une volonté de rassemblement et de protection politique. La constitution de cette scène précède ainsi celle du militantisme des années sida pour la liberté sexuelle et par la suite de la cause LGBTQIA+ à l’échelle mondiale détenant aujourd’hui, entre autres, l’identité cuir comme objet de ralliement. Louka Anargyros explore ici la réinterprétation camp, c’est-à-dire exagérée et ironique, des codes de la masculinité hégémonique en réaction à l’accusation de féminité. Ce processus de réappropriation et de sexualisation de la figure du biker, documentée par les dessins de Tom of Finland, propulse la masculinité hors d’un monopole hétérosexuel et creuse son ambivalence.

L’installation d’une centaine de vêtements de cuir placée pour circonscrire l’espace propose une lecture supplémentaire des origines de la culture cuir inspirée du texte « Fascinating Fascism » de Susan Sontag (1974), dont le titre en est une citation directe. Constatant la naissance de la culture cuir BDSM et queer immédiatement après la fin de la seconde guerre mondiale, elle y présente le postulat selon lequel, la communauté gay aurait effectué un retournement par le désir du langage visuel fasciste. De la même façon que le Triangle Rose fut retourné dans les années 90, l’esthétique nazie aurait été dépossédée de ses attraits pour être rejouée sur la scène cuir par le biais du désir. Cette subversion radicale du cuir noir comme matériau sexué suggéré par Sontag dans les années 70 continue son chemin dans la culture dominante jusqu’à être devenu aujourd’hui un synonyme mainstream de sex-appeal. À travers cette installation, Louka Anargyros passe de la convocation d’insultes homophobes inscrites sur ses combinaisons à celle d’une esthétique globale, soulignant la désactivation de sa substance opprimante.

Le levier convoqué par Louka Anargyros est celui du désir qui permet, à travers un jeu de domination, un renversement des rôles, comme l’en atteste la récurrence de l’imagerie policière et militaire dans la culture cuir; désir qui, par une forme de théâtralisation, permet le processus de réappropriation par le jeu. C’est ainsi qu’en pénétrant dans l’exposition, s’impose l’impression de prendre une scène sur le vif. Portant toute la charge sexuelle d’un Leather bar, le décor sombre et imposant par l’accumulation des cuirs provoque une lourdeur visuelle faisant d’autant plus affleurer l’extrême vulnérabilité des corps enlacés. La surcharge de cuir écrase, elle accable, tandis que la tendresse de la posture de ces hommes sculptés en céramique révèle toute leur fragilité. Le spectateur face à cette scène ressent toute la force de cette ambivalence par la présence d’une dualité d’affects, la sensation d’une forte tension érotique, couplée à l’intensité d’une peur harassante face à une violence latente menant à ré-interroger la scène. Les hommes, enveloppés dans leurs épaisses combinaisons, ne seraient-ils pas en
position de protection ? Louka Anargyros illustre ainsi comment le processus de réappropriation de symboles permet à une communauté oppressée d’enraciner son identité tout en contenant en son sein les lourds stigmates de son histoire et de ses combats.


Léa Perier Loko

du 6 septembre au 16 novembre 2024

SEPTIEME GALLERY

31 rue de l’Université 75007 Paris