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VINCENT PUENTE

En Visite

Carnet de voyage au Grand-Marquisat de Bad Hanguleim

 

 

 » Je n’ai jamais eu de chance avec les trains. Une curieuse malédiction qui s’attache à ma personne fait en sorte que très souvent, lorsque j’emprunte le chemin de fer, un incident survient. Cela peut prendre plusieurs formes : retard commun, panne et annulation pure et simple du véhicule pour raisons diverses, endormissement profond qui me fait me retrouver à des centaines de kilomètres et à plusieurs gares de ma destination, enfin détournement ou déviation due aux intempéries, à des problèmes techniques ou tout simplement au destin s’il fallait y croire.

 

 

C’est lors de l’un de ces périples qu’à force de détours, de circonvolutions hasardeuses et d’aiguillages de substitution vers des lignes secondaires sensés nous ramener par des itinéraires ésotériques sur le chemin du retour, que je me suis retrouvé, hagard et dépité, sur le quai de la gare de Bad Hanguleim, petite ville fortifiée appuyée sur les contreforts du Daniel, point culminant des Alpes d’Ammergau.
Aux pieds du plateau entouré de remparts coule le Bandia, dont le court irrésolu délimite la triple frontière séparant la ville de la Bavière et du Bade-Wurtemberg au nord et de l’Autriche au sud.
Associé au Land du Bade-Wurtemberg pour convenances administratives, cet espace de quelques 13 km2 cerné de montagnes est un anachronisme. Vestige de l’éphémère Confédération du Rhin, la ville est en réalité la capitale d’un état souverain et indépendant reconnu sur la scène internationale au même titre que le Grand Duché du Luxembourg ou que la Principauté de Monaco, et qu’il convient d’appeler le Grand Marquisat de Bad Hanguleim.

 

 

Avec sa gare Jungendstil, ses fortifications médiévales et son environnement naturel tout droit sorti d’un mauvais rêve inspiré de la Montagne magique, on aurait tendance à croire que le Grand Marquisat s’ingénie à rester hors du temps. Les trois jours de mon séjour forcé ici m’ont permis de constater qu’il n’en est rien. Les descendants de la famille Syrgenstein qui règnent depuis 1807 sur cette respiration plane cernée de montagnes abruptes, se sont ingéniés avec un talent certain à atténuer les assauts de la modernité. Ici une volonté discrète et résolue travaille quotidiennement à émousser la lame du XXIème siècle, à faire en sorte que l’écoulement du temps préserve son rythme naturel, à l’abri de la vitesse immodérée qui engendre l’oubli et provoque la versatilité des hommes. »

V. Puente

 

du 3 au 20 avril 2019

 

Galerie ARTHEME
31 rue de Beaune 75007 Paris