Ronan Bouroullec

Chiaroscuro

This new collection by Ronan Bouroullec extends his exploration of light—its way of inhabiting matter, lifting it, anchoring it, and giving it form. Slender structures, suspended in space and punctuated by glass halos, stand halfway between drawing and sculpture. A tension thus arises between fragility and rigor, lightness and structure. It is a collection of lights—a more appropriate word than lamps or luminaires, technical and almost trivial. Each of them is composed of two elements of fine blown glass: a white opaline globe, diffusing the light, encased in a transparent, gray, or amber corolla, which, depending on the viewing angle, filters or reflects it. They are most often connected to other identical elements by black or gray anodized solid aluminum rods—the design, assembly details, and edge tension are of an almost watchmaking precision—to form sets of 3, 4, 9, 15, or 20 lights, arranged in vertical lines, circles, or grids.

La sphère lumineuse insérée au centre d’une corolle de verre, de métal ou de perspex est l’un des fondamentaux du vocabulaire formel des designers’ lights, de Fontana Arte à BBPR ou Gino Sarfatti ou même Pascal Mourgue. Mais ce n’est pas tant à l’histoire du design que renvoient les pièces présentées ici par Ronan Bouroullec qu’à celle de l’art minimal. On peut lire cette référence dans le répertoire des matériaux – le métal anodisé qui évoque les Progressions ou les Stacks de Donald Judd-, des formes -on pense au disque Untitled (1968) du Moma de Robert Irwin, ou des effets -le halo des néons de Dan Flavin. Mais elle est plus présente encore dans l’importance des enjeux de perception et de relation à l’espace ici mis en jeu. Fondée sur un système de combinatoires et de répétitions -caractéristiques du minimalisme tant en sculpture qu’en musique- la composition des lumières de Ronan Bouroullec se développe de manière potentiellement infinie. Leur dimension est déterminée par l’espace dans lequel elles s’inscrivent, et dont elles viennent modifier la perception. Elles jouent sur les différents états simultanés de la lumière : diffusée, filtrée, réfléchie, projetée. La perception en est double, selon que la source de lumière est dirigée vers le mur- flottement, mystère- ou vers le spectateur – cercles, auras. Pour citer Robert Irwin : « la question n’est pas de faire des objets… ce qui nous occupe, c’est notre état de conscience et la forme de nos perceptions ».

Ronan Bouroullec’s work on light has been marked from the beginning by a form of tension between two opposing poles. That of abstraction (Luce Orizzontale and Luce Verticale in 2020, Luce Sferica in 2025) and that of the evocation of an image (notably at work in the series Bells, in 2005, then Conques et Lianes in 2010, or Chaînes, in 2016, highlights of his long-term collaboration with Galerie kreo). A form of oscillation between the priority given on the one hand to the issues of form and on the other to those of perception. This new proposal is resolutely on the abstract side, the phenomenological side. “What you see is what you see,” according to the phrase with which Franck Stella established the very essence of minimalism.

Minimalism. The term is tricky to use, as the clichés of contemporary design have burdened it with connotations of simplism, boredom, and laziness. If Ronan Bouroullec reclaims it, it is to reinvigorate it with the exact opposite qualities: delicacy, subtlety, sensitivity, and confusion.

He restores to it a spirit whose principles Pascal evoked thus: “We barely see them, we feel them rather than see them, we have infinite difficulty making them felt by those who do not feel them themselves. These are things so delicate, and so numerous, that it takes a very delicate and clear sense to sense them.” This spirit has a name: the spirit of finesse.

Martin Bethenod

 September 4 to November 1, 2025

GALERIE KREO

31 Rue Dauphine 75006 Paris

,

Ronan Bouroullec

Clair-obscur

Cette nouvelle collection de Ronan Bouroullec prolonge sa réflexion autour de la lumière — sa manière d’habiter la matière, de la soulever, de l’ancrer, de lui donner forme. Des structures élancées, suspendues dans l’espace et ponctuées de halos de verre, se tiennent à mi-chemin entre le dessin et la sculpture. Une tension s’installe alors entre fragilité et rigueur, légèreté et structure. C’est un ensemble de lumières -mot plus adapté que lampes ou luminaires, techniques et presque triviaux- Chacune d’entre elles est composée de deux éléments de fin verre soufflé : un globe opalin blanc, diffusant la lumière, inscrit dans une corolle transparente, grise ou ambre, qui, selon l’angle de vue, la filtre ou la reflète. Elles sont, le plus souvent, reliées à d’autres éléments identiques par des tiges d’aluminium massif anodisé noires ou grises -le dessin, les détails d’assemblage, la tension des arêtes en sont d’une qualité de précision quasi horlogère- pour former des ensembles de 3, 4, 9, 15 ou 20 lumières, associées en lignes verticales, cercles ou grilles.

La sphère lumineuse insérée au centre d’une corolle de verre, de métal ou de perspex est l’un des fondamentaux du vocabulaire formel des designers’ lights, de Fontana Arte à BBPR ou Gino Sarfatti ou même Pascal Mourgue. Mais ce n’est pas tant à l’histoire du design que renvoient les pièces présentées ici par Ronan Bouroullec qu’à celle de l’art minimal. On peut lire cette référence dans le répertoire des matériaux – le métal anodisé qui évoque les Progressions ou les Stacks de Donald Judd-, des formes -on pense au disque Untitled (1968) du Moma de Robert Irwin, ou des effets -le halo des néons de Dan Flavin. Mais elle est plus présente encore dans l’importance des enjeux de perception et de relation à l’espace ici mis en jeu. Fondée sur un système de combinatoires et de répétitions -caractéristiques du minimalisme tant en sculpture qu’en musique- la composition des lumières de Ronan Bouroullec se développe de manière potentiellement infinie. Leur dimension est déterminée par l’espace dans lequel elles s’inscrivent, et dont elles viennent modifier la perception. Elles jouent sur les différents états simultanés de la lumière : diffusée, filtrée, réfléchie, projetée. La perception en est double, selon que la source de lumière est dirigée vers le mur- flottement, mystère- ou vers le spectateur – cercles, auras. Pour citer Robert Irwin : « la question n’est pas de faire des objets… ce qui nous occupe, c’est notre état de conscience et la forme de nos perceptions ».

Le travail de Ronan Bouroullec sur la lumière est marqué depuis l’origine par une forme de tension entre deux pôles opposés. Celui de l’abstraction (Luce Orizzontale et Luce Verticale en 2020, Luce Sferica en 2025) et celui de l’évocation d’une image (notamment à l’œuvre dans les séries Bells, en 2005, puis Conques et Lianes en 2010, ou Chaînes, en 2016, temps forts de sa collaboration au long cours avec la Galerie kreo). Une forme d’oscillation entre la priorité donnée d’un côté aux enjeux de la forme et de l’autre à ceux de la perception. Cette nouvelle proposition se situe résolument du côté abstrait, du côté phénoménologique. « What you see is what you see », selon la formule par laquelle Franck Stella établissait l’essence même du minimalisme.

Minimalisme. Le terme est délicat à employer, tant les poncifs du design contemporain l’ont chargé de connotations de simplisme, d’ennui et de paresse. Si Ronan Bouroullec se le réapproprie, c’est pour le recharger des qualités exactement inverses. La délicatesse, la subtilité, la sensibilité, le trouble.

Il lui restitue un esprit dont Pascal évoquait ainsi les principes : « On les voit à peine, on les sent plutôt qu’on ne les voit, on a des peines infinies à les faire sentir à ceux qui ne les sentent pas d’eux mêmes. Ce sont choses tellement délicates, et si nombreuses, qu’il faut un sens bien délicat et bien net pour les sentir ». Cet esprit porte un nom : l’esprit de finesse.

Martin Bethenod

 du 4 septembre au 1er novembre 2025

GALERIE KREO

31 Rue Dauphine 75006 Paris