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Henry Cros, sculpteur et dessinateur

Le XIXe siècle nous réserve encore de belles découvertes, la figure méconnue du peintre, sculpteur, céramiste et verrier Henry Cros en est une. Grâce à l’important fonds de dessins de l’artiste, inventeur de la sculpture en pâte de verre, le musée des Arts décoratifs propose une monographie de cet artiste admiré par Auguste Rodin et Antoine Bourdelle, ami de Paul Verlaine et d’Édouard Manet. Était-il romantique, néo-classique, ou symboliste ? C’est une des questions posées par l’exposition « Henry Cros, 1840-1907, sculpteur et dessinateur », à travers plus de cent œuvres rassemblant sculptures, peintures et dessins, issues des collections du musée, aux côtés de quelques prêts exceptionnels. Les grandes thématiques de l’artiste sont présentées : portraits d’enfants attendrissants, figures d’une Antiquité rêvée et de contes de fées. La maîtrise technique de l’artiste est illustrée par plus de cinquante dessins et une trentaine de sculptures en verre, cire, terre cuite, bronze et marbre. Ce projet permet de faire découvrir l’œuvre d’Henry Cros, dont Bourdelle disait qu’il rassemble « toute l’Antiquité dans une âme nouvelle ».

Henry est le frère du célèbre inventeur et poète Charles Cros et du médecin Antoine Cros. Ce fameux trio participe à la modernité littéraire et artistique des années 1860-1870. L’exposition aborde les diverses personnalités des mondes artistiques et littéraires autour desquels gravitent les trois frères avec des portraits dessinés par Henry Cros : celui – rare – de Paul Verlaine jeune dédicacé, du caricaturiste André Gill, de l’éditeur des poètes Parnassien Alphonse Lemerre, du comédien Coquelin cadet et bien sûr de la mythique figure de la salonnière libre et scandaleuse Nina de Vilars de Callias, l’amante de son frère Charles. Le recueil de poèmes d’Antoine, illustré d’une estampe d’Henry en 1882, évoque l’autre frère, médecin de son état, qui dirige également un salon politico-littéraire.

La double pratique de peintre et de sculpteur et la redécouverte contemporaine de la plastique polychrome ancienne guident Cros sur la voie de la sculpture en couleur. Ses projets monochromes restent nombreux jusqu’en 1880, l’exposition en présente quelques- uns en terre cuite, marbre et bronze dont l’émouvant Portrait de petit garçon daté de 1875. Parmi les œuvres présentées, on découvre le vase fondu par Hébrard d’après le modèle du vase en verre du musée des Arts décoratifs. De nombreux dessins et esquisses pour des portraits ou photographies originales sont mis en lumière, tel le dessin préparatoire du buste de Nina de Vilars.

L’exposition dévoile une grande peinture à l’encaustique, Uranie (1882), muse de l’astronomie, importante commande d’État démontrant l’aboutissement des recherches de Cros. La peinture antique à l’encaustique alors utilisée pour la colorisation des marbres, est l’une des sources de sa recherche. Ses portraits modernes inspirés par ceux modelés à la Renaissance, qui marquent ses contemporains, restent d’une originalité et d’une présence psychologique rares. Le portrait de sa jeune épouse ou celui de l’étonnant Shah de Perse, Nasse el Din, en sont des exemples. Ses compositions proches de l’univers poétique de la première Renaissance correspondent aux grands succès des débuts de l’artiste. L’exposition met en valeur cinq d’entre eux, parmi lesquels La Promenade du Salon de 1874, où l’on observe le contraste entre la précise délicatesse des figures et la liberté des fonds aux touches impressionnistes, dont la mise au point photographique est remarquable.

À la charnière de ses deux périodes techniques, entre cires et pâtes de verre, Henry Cros réalise quelques bustes en terre cuite polychromées aux argiles de couleur (engobes). Il donne une vie et une présence à ces jeunes figures à l’instar de la gitane des Pyrénées du musée de la Cité de la céramique de Sèvres. Un exemple éloigné de ses recherches parallèles sur l’image archétypale d’un idéal féminin.

« Pâte de verre » est le nom donné par Henry Cros à une nouvelle technique de moulage de poudres de verre polychromes, qui lui permettent de réaliser des sculptures en couleurs et ouvre une nouvelle voie dans la création du verre moderne. Il consacre les vingt dernières années de sa vie à ce medium, et réalise les œuvres les plus marquantes de sa carrière artistique. Une grande partie de l’exposition lui est consacrée, avec les remarquables projets aquarellés, mais aussi les masques, médaillons et bas-reliefs, qui retracent cette période.

L’exposition permet de mettre en valeur les deux grands projets aquarellés et la version fondue en bronze par Hébrard, ainsi que le rare vase en verre produit par la main d’Henry Cros. Parmi les œuvres en pâtes de verre, le portrait en médaillon de François Coppée jeune, La Nymphe Galatée, le masque La Flamme de l’Exposition universelle de 1900 ou encore la coupe Le Silence, illustrent la grande richesse et diversités des thématiques abordés par l’artiste.

Cette monographie démontre l’empreinte que laisse cet artiste unique, célébrant un homme dont la créativité audacieuse et les recherches innovantes et poétiques ont assurément marqué l’histoire de l’art du XIXe siècle et particulièrement une certaine histoire du verre moderne.

du 6 mars au 26 mai 2024

MAD

107 rue de Rivoli 75001 Paris

Henry Cros, sculptor and designer

The 19th century still has some great discoveries in store for us, the little-known figure of the painter, sculptor, ceramist and glassmaker Henry Cros is one of them. Thanks to the important collection of drawings by the artist, inventor of glass paste sculpture, the Museum of Decorative Arts is offering from March 6 to May 26, 2024, a monograph by this artist admired by Auguste Rodin and Antoine Bourdelle, friend by Paul Verlaine and Édouard Manet. Was he romantic, neo-classical, or symbolist? This is one of the questions posed by the exhibition “Henry Cros, 1840-1907, sculptor and designer”, through more than a hundred works bringing together sculptures, paintings and drawings, from the museum’s collections, alongside some exceptional loans. The artist’s major themes are presented: touching portraits of children, figures from a dreamed Antiquity and fairy tales. The artist’s technical mastery is illustrated by more than fifty drawings and around thirty sculptures in glass, wax, terracotta, bronze and marble. This project allows us to discover the work of Henry Cros, of whom Bourdelle said that he brings together “all of Antiquity in a new soul”.

Henry is the brother of the famous inventor and poet Charles Cros and the doctor Antoine Cros. This famous trio participates in the literary and artistic modernity of the 1860s-1870s. The exhibition addresses the various personalities of the artistic and literary worlds around which the three brothers revolve with portraits drawn by Henry Cros: that – rare – of a young Paul Verlaine autographed, of the caricaturist André Gill, of the publisher of the Parnassien poets Alphonse Lemerre , the actor Coquelin junior and of course the legendary figure of the free and scandalous salonnière Nina de Vilars de Callias, the lover of his brother Charles. Antoine’s collection of poems, illustrated with a print by Henry in 1882, evokes the other brother, a doctor by profession, who also runs a political-literary salon.

The dual practice of painter and sculptor and the contemporary rediscovery of ancient polychrome plastic guide Cros on the path of color sculpture. His monochrome projects remained numerous until 1880, the exhibition presents some in terracotta, marble and bronze including the moving Portrait of a little boy dated 1875. Among the works presented, we discover the vase cast by Hébrard d ‘after the model of the glass vase from the Museum of Decorative Arts. Numerous drawings and sketches for portraits or original photographs are highlighted, such as the preparatory drawing for the bust of Nina de Vilars.

The exhibition unveils a large encaustic painting, Urania (1882), muse of astronomy, an important state commission demonstrating the culmination of Cros’s research. The ancient encaustic paint then used for coloring marbles is one of the sources of his research. His modern portraits, inspired by those modeled during the Renaissance, which marked his contemporaries, remain of rare originality and psychological presence. The portrait of his young wife or that of the astonishing Shah of Persia, Nasse el Din, are examples of this. His compositions close to the poetic universe of the first Renaissance correspond to the great successes of the artist’s beginnings. The exhibition highlights five of them, including La Promenade du Salon of 1874, where we observe the contrast between the precise delicacy of the figures and the freedom of the backgrounds with impressionist touches, whose photographic focus is outstanding.

At the crossroads of his two technical periods, between waxes and glass pastes, Henry Cros creates a few polychrome terracotta busts with colored clays (engobes). He gives life and presence to these young figures, like the gypsy woman from the Pyrenees in the Cité de la Ceramique museum in Sèvres. An example far from his parallel research on the archetypal image of a feminine ideal.

“Glass paste” is the name given by Henry Cros to a new technique of molding polychrome glass powders, which allows him to create colored sculptures and opens a new path in the creation of modern glass. He devoted the last twenty years of his life to this medium, and produced the most significant works of his artistic career. A large part of the exhibition is dedicated to him, with the remarkable watercolor projects, but also the masks, medallions and bas-reliefs, which retrace this period.

The exhibition highlights the two large watercolor projects and the version cast in bronze by Hébrard, as well as the rare glass vase produced by the hand of Henry Cros. Among the works in glass paste, the medallion portrait of young François Coppée, The Nymph Galatea, the mask La Flamme from the Universal Exhibition of 1900 or the cup Le Silence, illustrate the great richness and diversity of the themes addressed by the ‘artist.

This monograph demonstrates the mark left by this unique artist, celebrating a man whose daring creativity and innovative and poetic research have undoubtedly marked the history of 19th century art and particularly a certain history of modern glass.

March 6 – May 26, 2024

MAD

107 rue de Rivoli 75001 Paris