YVES & VICTOR GASTOU

Galerie Yves Gastou

GALERIE YVES GASTOU Saint-Germain des prés Paris

 

Pour le PAD, vous présentez le travail de François Cante-Pacos.

Victor Gastou :   C’est un designer qui a débuté dans les années 70. Jeune sculpteur, Pierre Cardin l’a découvert et lui a demandé de créer la première affiche bas-relief en plastique thermoformable. Il lui a ensuite commandé des pièces de mobilier en lui demandant de jouer sur le Masculin/Féminin. Mais par la suite, le couturier a créé son propre studio de design et une ligne de meubles s’inspirant de cette première collection. François Cante-Pacos, lui, s’est à nouveau consacré à la sculpture monumentale et à la peinture. Yves avait essayé de montrer cette collection, mais le projet a avorté.

 

 

Yves Gastou: Le mobilier de Pierre Cardin était magnifique mais il n’avait pas la facture de celui de Cante-Pacos : ces lignes remarquables, le respect du nombre d’or … Pierre Cardin lui reconnaît d’ailleurs aujourd’hui la paternité de son travail avec le mobilier.

Victor : Mon père a toujours adoré ce travail. Il y a cinq ou six ans on a acheté une de ses tables et une fois de plus on a été subjugués. On a contacté François Cante-Pacos, mais il ne se sentait pas prêt. Et puis l’année dernière on est retournés le voir et c’était le bon moment, l’idée avait fait son chemin. Il nous a montré ce modèle carapace de 1975 et d’autres pièces qu’il avait créées ensuite, une console, des bancs, d’autres cabinets. On a alors décidé de lui consacrer un One Man Show.

 

 

GALERIE YVES GASTOU Saint-Germain des prés Paris

 

Yves : C’est un travail à la fois très précieux, comme un bijou, et futuriste, ultra moderne, dans l’esprit de cette époque.

Victor : Le travail de la laque est incroyable, comme les galbes. On revient au meuble-sculpture, aux courbes très féminines. Un vrai meuble de collectionneur, très différent de tout ce que l’on peut voir en ce moment.

 

GALERIE YVES GASTOU Saint-Germain des prés Paris

 
Avec votre galerie, Yves, on traverse un siècle d’arts décoratifs.

Yves : C’est vrai, j’ai débuté avec l’Art Nouveau, puis l’Art Déco. En 1980, je suis parti pour l’Italie et j’ai découvert l’œuvre de Gio Ponti, Carlo Molino ou Scarpa dont j’ai pu acheter des pièces majeures. En voyant le design italien des années 50 et 70, je suis devenu fou. J’y ai rencontré Ettore Sottsass, une explosion de couleurs, des matériaux pauvres comme le Formica, une révolution !  J’ai créé cette galerie et j’ai commencé à y exposer les grands maîtres en alternance avec des créateurs plus jeunes, comme Dubreuil, Starck, Arad, Dixon ou Kuramata.

 

Et vous, Victor, quelles sont vos périodes favorites ?

Victor : J’ai été très marqué par le design des années 80-90, notamment avec le design italien, Ettore Sottsass, Alessandro Mendini, Gaetano Pesce, Andrea Branzi, et puis tous ceux dont j’ai cotoyé les œuvres, à la maison, durant mon enfance, Gio Ponti, Carlo Molino, et dans les années 70, j’aime beaucoup Oscar Niemeyer et Joe Colombo.

 

Qu’est-ce qui vous a décidé à rejoindre votre père ?

Victor : Un déclic. Je faisais une école de commerce, j’étais en stage en Chine, je ne faisais que rentrer des données dans un ordinateur mais j’ai vite ouvert les yeux : je ne voulais pas passer ma vie dans un bureau, j’avais besoin de retrouver cette énergie, ces choses merveilleuses que j’avais toujours côtoyé. Ca me manquait de découvrir de belles choses, d’être en contact avec de beaux objets au quotidien, je voulais retrouver tout ça.

 

GALERIE YVES GASTOU Saint-Germain des prés Paris

 

Vous aviez conscience, quand vous étiez plus jeune de vivre dans un univers exceptionnel ?

Victor : Non, je le réalise aujourd’hui justement, en étant vraiment immergé dedans, dans le travail et dans la vie.

 

Et vous Yves, vous aviez envie de travailler avec l’un de vos enfants ?

Yves : Je l’espérais. J’attendais que l’un ou l’autre prenne la décision mais je ne voulais pas que ce soit moi qui le leur demande. Avec Victor, on n‘est pas toujours d’accord, il a ses idées, moi les miennes, mais on se rejoint toujours. Je suis très heureux qu’il soit là.

 

 

Vous travaillez vraiment de concert depuis bientôt 10 ans ?

Yves : Oui, pour mettre en forme des projets, des One Man Show comme celui que nous allons présenter au PAD, on a besoin d’être deux et de travailler en accord.

Victor : J’ai quand même beaucoup poussé pour que l’on revienne au design contemporain ! Mais chacun de nous fait confiance à l’œil de l’autre.

 

 

Yves, vous avez sans doute été le premier antiquaire à ne pas créer de frontières entre les différentes périodes des Arts Décoratifs, et même à les associer en les exposant ensemble.

Yves : Oui, c’est vrai, nous avons été les premiers à faire ça, même si aujourd’hui c’est courant. J’ai toujours aimé mélanger les styles et les époques. C’est un peu l’ADN de la galerie et c’est comme ça que je concevais ce métier : ne jamais s’ennuyer, passer d’un mouvement ou d’un artiste à un autre, garder toujours l’œil ouvert sur autre chose, confronter le travail d’André Arbus ou de Jacques Quinet à celui de Joe Colombo ou Ron Arad, c’est passionnant !

Victor : C’est vrai qu’avant les antiquaires se consacraient à une période bien précise de l’histoire et n’en bougeaient pas de leur vie. C’était un peu ennuyeux, tu as fait l’inverse.

Yves : D’ailleurs, je suis persuadé que l’engouement actuel pour le design est en grande partie dû à Sottsass et aux mouvements italiens.

 

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Mais vous n’êtes jamais tombé dans le « côté déco » du métier ?

Yves : Jamais. C’est plus dangereux, mais c’est fabuleux, chaque exposition est une sorte de pari sur un travail, un artiste.

 

Vous suivez ensemble la scène émergente du design ?

Yves : Oui bien sûr, mais travailler avec une galerie ne les intéresse pas forcément, les jeunes designers créent souvent des collections pour de grandes marques. Dans une galerie, nous ne présentons que des pièces uniques ou numérotées.

 

GALERIE YVES GASTOU Saint-Germain des prés Paris

 

Commentl travaillez-vous avec les artistes ?

Yves : Comme dans un couple, c’est une histoire passionnante qui peut s’arrêter à tout moment. Mais j’ai eu des artistes très fidèles ! Sottsass par exemple : il avait cette générosité incroyable de toujours vouloir présenter ses nouvelles pièces en exclusivité à la galerie. Et à chaque fois il me demandait : « Mais comment fais-tu pour vendre tout ça ? ». Le plus inouï c’était peut-être Shiro Kuramata, si humble, si poétique. Il passait le balai avant le vernissage mais faisait des dîners fabuleux avec toute la diaspora japonaise parisienne, Kenzo, Issey Miyake … J’ai adoré aussi redécouvrir André Arbus, Gilbert Poillerat, Marc Duplantier, dont j’ai retrouvé une grande partie des pièces, puis plus tard Carlo Molino ou Gio Ponti. C’était un travail titanesque mais magnifique.

 

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Ce métier, c’était une vocation ?

Yves : Je suis totalement autodidacte. J’étais très dyslexique et j’ai quitté l’école tôt. Je passais mes dimanches dans les églises, j’entrais dans les propriétés que je trouvais belles et ma mère a compris qu’il y avait quelque chose à faire avec ça. Mes parents étaient tous les deux des esthètes, des passionnés d’art, de littérature… Ma mère a décidé me mettre en stage chez un antiquaire de Carcassonne.  Je crois qu’elle avait vu, elle, que c’était une vocation. Plus tard j’ai monté ma première galerie à Toulouse, puis j’ai eu un stand aux puces. Pendant cinq ans j’ai fait l’aller-retour chaque semaine entre les deux villes, puis j’ai décidé de venir vivre à Paris et d’ouvrir cette galerie.

 

Vous vouliez vraiment être à Saint-Germain des prés.

Yves : Je voulais absolument une galerie à côté des Beaux-Arts. La Galerie Mai était une galerie historique des années 50, elle représentait, Jouve, Le Corbusier, Perriand, Sarfati, j’aurais été fou de ne pas reprendre ce lieu, qui, en plus, jouxtait l’Ecole. Vous savez je la connais par cœur, c’est un lieu magique, hybride, unique. J’avais d’ailleurs déjà l’idée de faire des expos dans la chapelle. Je l’ai fait pour présenter l’ultime collection d’Ettore Sottsass en 2011, pour rendre hommage à mon ami, avec qui j’avais inauguré la galerie vingt-cinq ans plus tôt.

 
Justement, comment est née l’idée de créer cette façade incroyable en terrazzo noir et blanc ?

Yves : Pour l’inauguration de la galerie avec Sottsass, la façade n’y était pas encore. C’est pour sa deuxième exposition que nous avons pu la créer. En fait, quand il est arrivé devant la galerie, il m’a dit : « Gastou, Paris est une ville noire et blanche, ta façade sera noire et blanche ! »

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Vous n’avez pas eu trop de mal à la faire accepter ?

Yves : Oh si ! J’ai mis quatre ans pour avoir l’autorisation. Quatre années à courir de ministère en ministère, j’y passais mes journées. Mais je ne voulais pas lâcher ! C’est Jack Lang qui a accepté, grâce à Anne-Marie Boutin qui dirigeait l’ENSCI.

 

Elle est désormais classée ?

Yves : Non, mais elle ne peut pas être détruite. On peut la déplacer mais avec l’obligation de la conserver. Maintenant que Victor est là, je pense qu’elle restera à sa place !

 

Vous avez toujours aussi été un grand collectionneur ?

Yves : Collectionneur, accumulateur, c’est une maladie ! Quand j’étais enfant il me fallait quelque chose, tous les jours. Un bonbon, un petit jouet, n’importe quoi, mais quelque chose ! Ma première bague, je devais avoir sept ou huit ans quand j’ai demandé à ma mère de me l’acheter, en vacances à Cadaquès. Aujourd’hui j’en ai plus de mille.

 

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Pour ça aussi vous étiez précurseur, c’est aujourd’hui très à la mode.

Yves : C’est même devenu une collection unique que je montrerai en octobre à l’Ecole des Arts Joaillers. Je suis enfin récompensé de ma boulimie ! Mais j’ai arrêté les collections, même celle des bondieuseries !

 

Vous collectionnez aussi les bondieuseries ?

Yves : Oui, j’adore ! Les Vierge, les Jeanne d’Arc, les anges, le Christ, je les trouve beaux, mais il n’y a rien de religieux là-dedans, c’est juste esthétique. J’en ai ramassé certaines pour trois francs six sous dans les brocantes et je les sauve du trottoir, quand dans une autre vie ils ont dû être adorés ! Je ne vis qu’à travers ça : l’art, les arts décoratifs, la musique, la littérature, les bijoux …

 

Vous êtes un véritable esthète, dans tous les domaines.

Yves : Sans doute. Je vis chaque jour, chaque minute, pour tout ça. C’est ma vie.

 

 

GALERIE YVES GASTOU

12 Rue Bonaparte  75006 Paris

01 53 73 00 10