Luca Ceccherini
Grammelot

Première exposition personnelle en France du peintre italien Luca Ceccherini (né en 1993). Le grammelot figure parmi les langages qui précèdent la grammaire. Popularisé par Dario Fo (1926–2016), prix Nobel de Littérature 1997, dans son œuvre maîtresse Mistero Buffo, c’est un mélange de sons, de rythmes et de gestes — tiré de la tradition des giullari, ces jongleurs-bouffons de l’Italie médiévale — qui dit tout sans rien nommer, sans règles, ni dictionnaire. Pas de règles, pas de dictionnaire, et pourtant une compréhension immédiate. La peinture de Luca Ceccherini fonctionne de la même façon.

Grammelot rassemble un ensemble d’œuvres inédites dans lesquelles Ceccherini convoque le monde des giullari, les figures de la commedia dell’arte et les paysages de son enfance toscane. Acrobates, bouffons, funambules, silhouettes surgies de l’imaginaire populaire : ces figures habitent la toile comme des archétypes, familières sans être identifiables, ancrées dans un temps long, qui déborde dans le présent.

Ceccherini s’est formé au théâtre avant de se consacrer à la peinture — et ce tiraillement originel se lit dans chaque tableau. Ses figures ne cherchent pas à illustrer : elles occupent l’espace avec la présence physique du comédien, habitant la surface avec la même densité que les troncs d’arbres et les lisières de forêt qui les entourent. Comme Fo puisait dans les récits populaires médiévaux pour restituer la voix de ceux que l’histoire officielle avait ignorés, Ceccherini travaille sur une mémoire collective silencieuse — non pour la préserver comme dans un musée, mais pour lui redonner une vie picturale.


