Gladys Chenel & Victor Cadène

Conversation autour de

Capriccio, l’Antiquité rêvée

Artiste, décorateur, ensemblier, scénographe,  … Victor Cadène est tout cela à la fois. D’ une exposition de dessins et collages à Paris ou à Londres, on le retrouve pour des scénographies chez Dyptique ou Hermès ou encore pour des collaborations avec Double J, Pinton, Mériguet Carrère, Artcurial, l’Orient Express ou Christie’s … et aujourd’hui à la Galerie Chenel pour l’exposition de sa première tapisserie. Invité en 2023 par la Manufacture Robert Four à la réaliser, il part pour Rome et imagine un projet autour de l’antiquité qui le mène ensuite assez naturellement vers Gladys, Olivier et Adrien Chenel, célèbres pour les antiques qu’ils présentent, mais aussi pour les dialogues qu’ils initient régulièrement avec l’art contemporain. On retrouve Gladys et Victor à la Galerie juste avant l’inauguration de Capriccio, l’Antiquité rêvée.

Victor, peux-tu me raconter la genèse de ce nouveau projet et de cette exposition ?

Victor Cadène : Il y a un peu plus d’un an, j’ai été invité par Patricia Racine, la directrice artistique de la Manufacture Robert Four, à créer une tapisserie. J’étais très enthousiaste évidemment, c’était la première fois que j’allais utiliser ce medium dans mon travail. Je ne savais pas encore très bien quel serait le sujet de cette tapisserie, j’avais la volonté de continuer les recherches autour du jardin d’Eden que j’avais débuté avec la réalisation d’un triptyque pour l’exposition Homo Faber à Venise en  2022. J’avais alors beaucoup aimé faire apparaître, pour la première fois dans mes dessins, des scènes d’extérieur, avec des plantes, des sculptures, des animaux …

Auparavant tu créais plutôt des décors dans tes dessins ?

Oui, des scènes d’intérieur, dans un esprit classique empreint d’art nouveau, d’art déco ou de baroque. A Venise c’était la première fois que je sortais de ce registre. Au printemps 2023, juste après avoir reçu cette invitation de la Manufacture Robert Four, je suis parti à Rome pour un séjour d’un mois et demi. C’est là que j’ai entrepris mes recherches pour le carton de la tapisserie.  J’ai pu visiter tous les musées, mais aussi vivre quotidiennement avec les œuvres et les monuments antiques. J’ai produit une quarantaine de dessins préparatoires et mon sujet était là.

Ce sont donc Rome et l’Antiquité qui t’ont inspiré ?

Victor Cadène : Oui mais je voulais aussi travailler sur une vision très idéale, imagée de l’antiquité. Je me suis donc inspiré des 16ème  et 17ème  siècles, notamment avec la végétation luxuriante que l’on trouvait à cette époque dans les tapisseries, mais aussi des caprices architecturaux peints au 18ème siècle par Giovanni Paolo Panini ou Hubert Robert. J’avais vraiment envie de m’inspirer des grandes tapisseries classiques. J’ai aussi beaucoup consulté la collection de vases antiques du Cabinet de sir William Hamilton.

C’est un médium sur lequel tu n’avais encore jamais travaillé ?

Victor Cadène : Non et j’ai dû m’en approprier les codes. Du dessin et des collages sur mes feuillets il a fallu que je passe à une toute autre dimension avec le carton d’une tapisserie. Mais la Manufacture Robert Four est une très grande maison et je me sentais à la fois honoré et vraiment confiant de travailler avec ses équipes.

Tu as collaboré avec les artisans de la Manufacture pour la réalisation de la tapisserie ?

Victor Cadène : Je suis allé à Aubusson plusieurs fois, pour le choix des couleurs notamment, qui a été un long travail. J’ai pioché dans des références, d’époques très diverses. Il y a 16 couleurs dans ma tapisserie et dans mon travail j’en utilise au moins 25, j’ai donc dû faire des choix, mais aussi des recherches, pour trouver comment retranscrire les ombres ou les reflets du marbre par exemple.

J’ai pu travailler avec NEOLICE, un nouveau savoir-faire acquis par Robert Four, qui est à la fois manuel et mécanique. Grâce à lui on peut mélanger plus de fils : sur un même dessin, on peut utiliser trois types de lainage ou ajouter de la lumière, de la brillance avec du du fil d’or.

Comment t’es venue l’idée de présenter cette tapisserie ici, à la Galerie Chenel ?

Victor Cadène : J’avais très envie de proposer à Gladys, Olivier et Adrien de l’exposer. Nous nous connaissons depuis un moment maintenant, j’avais fait la scénographie de l’exposition Animal, Itinéraire Saint-Germain en 2021 pour plusieurs galeries germanopratines et je suis un grand passionné d’antiques.

Gladys Chenel : De notre côté, nous aimons montrer de temps en temps le travail d’ artistes contemporains aux côtés des antiques, c’est une façon de montrer que la sculpture classique dialogue très facilement avec l’art contemporain. Ce dialogue nous ressemble et à chaque exposition il fonctionne comme une évidence . Il ne faut pas avoir peur de mélanger tous les styles mais, comme pour nos pièces antiques nous sommes extrêmement rigoureux dans nos choix pour le contemporain. Pour initier ce mélange, nous devons avoir un véritable coup de coeur. Avec Victor, nous connaissons bien son travail et nous avions très envie de l’exposer mais il fallait que nous trouvions un sujet qui nous réunisse. Ce projet nous a tout de suite enthousiasmés et nous sommes vraiment fiers aujourd’hui de montrerla première tapisserie de Victor et ses oeuvres papiers.

Victor Cadène : Ce qui est étonnant c’est qu’avant ce voyage à Rome, Gladys qui connait très bien cette ville, m’a recommandé nombre d’adresses ou de palazzo à découvrir.

Gladys Chenel : C’est vrai que nous avons échangé de nombreux messages à ce moment-là ! J’ai partagé avec Victor mes adresses favorites de restaurants évidemment mais surtout mes lieux préférés à visiter. Olivier, Adrien et moi avons toujours eu une passion véritable pour cette ville, où nous allons très souvent. Pourtant, à chaque fois nous découvrons un nouveau lieu, une nouvelle pièce qui nous fascinent. D’ailleurs avec Olivier, bien avant d’ouvrir la galerie, nous avions déjà ce goût pour l’antique. Je me souviens, il y a vingt-cinq ans, nous avions embarqué Adrien pour un séjour en Italie , nous nous étions mis en tête de découvrir tous les sites archéologiques, de Rome jusqu’à Naples. C’est ce séjour, ce profond attachement et cette fascination pour la sculpture classique romaine qui nous ont sans doute donné envie d’ouvrir une galerie que nous avons très vite consacrée à l’antique. Présentes depuis le début, ce sont les pièces que l’on défendait peut-être le mieux, en tout cas celles avec lesquelles nous partagions peut être le plus notre intérêt. Les palazzo italiens enrichis de leurs collections d’antiques romaines et parfois aussi égyptiennes nous ont fortement influencés. L’Italie est vraiment notre second pays et Rome, après Paris et Nice, notre ville de prédilection.

Victor Cadène : Grâce à toi j’ai pu découvrir le Palazzo Altemps, ses antiquités grecques et romaines et ses œuvres d’art de la Renaissance, et c’est devenu mon palais préféré ! Mais aussi les oeuvres égyptienne du Musée Barracco ou la collection privée de la Galerie Doria-Pamphilj …

Vous avez sélectionné ensemble les antiques de la galerie qui entourent la tapisserie et les feuillets de Victor ?

Gladys Chenel : Ce sont bien sûr principalement des antiquités romaines. Nous avons choisi les pièces ensemble mais j’avais une confiance totale dans les choix de Victor. Il connaît bien notre galerie et a un œil formidable. C’est ensemble que nous avons construit cette exposition.

Victor Cadène : Il ne faut surtout pas envisager l’œil d’un décorateur ou d’un scénographe dans ces choix, l’idée de cette exposition est avant tout de raconter une histoire autour de Rome, des antiques et de la tapisserie. Mon livre « À l’intérieur » aux éditions Infine sortira aussi à ce moment-là et le 18 janvier une signature est organisée à la Librairie 7L, rue de Lille.

Capriccio, L’Antiquité rêvée

Du 18 janvier au 3 février 2024

GALERIE CHENEL

3 quai Voltaire 75007 Paris