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Un printemps incertain

Du dessin à l’objet en passant par le texte manifeste ou l’affiche, cette exposition, tissée au travers du parcours des galeries modernes et contemporaines, entend faire dialoguer des œuvres réalisées pendant le confinement avec d’autres prospections plus réflexives durant cette longue période indécise, hésitante, inquiétante ou créative.

«Un printemps incertain. Invitation à quarante créateurs» veut présenter avec simplicité cette parenthèse inattendue qui fut celle de l’isolement, de l’éloignement, de la solitude ou bien des retrouvailles. Certains ont créé en silence quand d’autres œuvraient dans le brouhaha de la vie de famille, mais tous ont, par leurs créations, ouvert des horizons insoupçonnés. Ces mois, ces semaines ont formé une expérience inédite, pour les créateurs comme pour le musée lui-même et ses équipes. Jamais depuis 1939, hors période de rénovation et de travaux, le musée n’avait été fermé aussi longtemps et brutalement, ses équipes éparpillées et séparées malgré le continuum fructueux des réunions et des appels.

«Un printemps incertain. Invitation à quarante créateurs» en témoigne aussi à sa manière : la commission des acquisitions du printemps, la réunion du Cercle Design 20/21 qui marque l’enrichissement annuel des collections contemporaines et le début de l’été, ont été repoussés à l’automne, non par simple translation de dates, mais mutations et réflexions sur ce que signifie acquérir des œuvres pour un musée dans un monde plongé dans la crise.

C’est une réflexion collective qui est à l’œuvre dans cette exposition-invitation, partagée par les membres de l’équipe scientifique concernée par la création contemporaine, le design, le graphisme, le craft, le monde du jouet, etc. Ces nouvelles acquisitions d’œuvres contemporaines viennent converser avec celles des collections et les créations choisies de ce «printemps incertain».La pandémie de «Covid-19» fut bien sûr une source d’inspiration, que ce soit à travers des broderies de virus, un film sur l’impatience des objets exposés à retrouver leurs visiteurs, mais aussi des visières en impression 3D conçues par des makers pour les hôpitaux.

Mais «Un printemps incertain. Invitation à quarante créateurs» ne peut se contenter de montrer ce que le coronavirus a inspiré aux designers, ce qui serait très littéral, mais plutôt et plus justement, ce qu’a été pour eux cette expérience. En échangeant avec les créateurs réunis, autant dire immédiatement qu’il n’y avait de la part du musée aucune attente particulière, aucune typologie requise, juste l’envie de montrer, simplement, ce qu’aura été pour chacun cette période proprement incroyable. Resserrant les liens déjà existants, souvent exposés ou présents dans les collections, de nombreux créateurs, compagnons de route et complices, ont été invités par le musée.

Pour certains, la nature et le vivant furent l’un des thèmes récurrents, pour d’autres, il s’agit du vol d’un papillon épris de liberté, d’une collection de galets roulés par les vagues, de photographies de rivage, de dessins de tables dressées dans des jardins inaccessibles, du tressage de plantes envahissantes, de tableaux de plumes.

Les Studios et ateliers, déconnectés par le virus des lignes de production, sont devenus plus que jamais «un lieu à soi», filant la métaphore woolfienne, un espace solitaire où certains des créateurs ont retrouvé la voie de l’expérimentation, de l’esquisse, de la maquette. La main a souvent repris le dessus sur la machine, pour faire naître tissage de couleurs, miroirs chromatiques, labyrinthes tortueux… Quelquefois le confinement de certains créateurs avec leurs enfants entraîne un élan créatif vers le monde de l’âge tendre faisant émerger dans un sursaut de joie un mini-golf improvisé dans un couloir de maison, ou bien un alphabet revisité tout en combinaison et en couleur.

Dans les galeries modernes et contemporaines, c’est un parcours sensible, souvent inframince, qu’offrent les traces, les moments d’un «printemps incertain», sans lourdeur, sans leçon donnée, sans anticipation préconçue d’un «monde d’après» et aux conclusions hâtives que certains aimeraient en tirer.

du 19 mai au 3 octobre 2021

MAD

107-111, rue de Rivoli 75001 Paris