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Orié Inoué & Mitsuru Tateishi

Mukei no fūkei (Paysage intangible)

 

« On ne regarde avec passion esthétique que les paysages qu’on a d’abord vus en rêve, » écrit Gaston Bachelard dans son essai philosophique « L’eau et les Rêves », en 1942. Comme s’il y avait une primauté de l’expérience intérieure sur le fait réel, du sensible sur le rationnel. Une force imaginante en mouvement.

 

Mitsuru Tateishi, Sans titre, 130×85 cm, 2018

 

 

Quand on sonde les témoignages artistiques les plus archaïques, on devine combien la capacité humaine à former des images et des fictions issues de notre perception joue un rôle de premier plan dans notre rapport au monde. L’homme est le seul être à pouvoir se figurer des choses qui n’existent pas, à tisser et transmettre des mythes communs. De la même manière, les artistes, en partageant leurs visions subjectives sous la forme d’œuvres, dévoilent des facettes du visible qui restaient jusqu’alors hors de notre propre portée.
Ce dialogue universel, ce poème sans mots, constitue le cœur de l’exposition des artistes japonais Orié Inoué et Mitsuru Tateishi, invités pour la première fois à montrer leurs travaux ensemble à la Galerie Da-End. Exprimant de manière onirique l’interrogation de l’homme face aux mystères qui nous entourent, les deux artistes convient le spectateur à un voyage vers l’autre rive, là où le quotidien s’étiole, où le songe est possible.

 

Orie Inoue, Flux #5, 34.5×34.5cm, 2018

 

 

Sur la surface ondoyante de volutes des tableaux de Mitsuru Tateishi se dessinent les contours d’un rêve. Ses créations témoignent de la capacité des œuvres à interpeller la sensibilité du regardeur et susciter la contemplation. Les tâches abstraites coulées sur toile ou papier évoquent une matière qui foisonne avec langueur. S’inspirant du concept physique de mécanique des fluides, Tateishi joue sur les réactions entre les différents médiums, couleurs et essences mélangés. Couches après couches, il explore les effets de la densité, use de nouveaux outils pour provoquer la turbulence, chercher l’instabilité. Il en résulte des œuvres au fort pouvoir d’évocation, entre phénomènes géologiques et métaphores du règne végétal.
On décèle dans le travail de la plasticienne Orié Inoué une similaire dynamique du mouvement. Cette dernière compose en effet des dessins et sculptures faits de boucles, vortex et autres formes circulaires à partir d’éléments naturels : plantules, crins, écorces. Symbole de l’espoir de germination de mondes à venir, la graine matérialise le point de départ à partir duquel l’artiste trace ses arborescences minimalistes. Dans un même périmètre, elle réunit le microcosme de l’échelle cellulaire au macrocosme des paysages stellaires. Son travail semble ainsi habité par l’intuition de liens profonds et insaisissables qui structureraient la nature.

 

Mitsuru Tateishi, Sans-titre, 50×71 cm, 2018

 

 

En nous présentant tous deux ces scènes mystérieuses à la beauté méditative, Mitsuru Tateishi et Orié Inoué baignent notre oeil dans une atmosphère de calme et d’émerveillement, comme face aux phénomènes de la nature.

 

 

du 26 janvier au 9 mars 2019

 

GALERIE DA END

17, rue Guénégaud 75006 Paris