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NINA MUSHINSKY

Portraits

 

Romani girls, Gyor, Hungary, 1988

 

Le peintre nina Mushinsky découvre et photographie ses images dans des cadres insolites, puis les transforme en tableaux dans l’intimité de son studio. Ces toiles inspirent un sentiment de déplacement. Mushinsky fait preuve d’une concentration exceptionnelle qui marie une expérience réelle et une illusion visuelle. Elle travaille sur les marges de la réalité en utilisant à la fois la technologie moderne qu’est la photographie, et la peinture traditionnelle. Sa grisaille mystérieuse se situe quelque part entre ces deux médias. Dans le travail de Mushinsky , il existe une relation entre les méthodes – techniques et impersonnelles –, et une sensibilité empreinte de douceur .

 

Mardi Gras, Dubrovnik, 1997

 

Les œuvres de Mushinsky s’appliquent à des questions telles que l’appropriation d’images déjà existantes, l’hybridation et le mélange des genres. Avec la photographie, le moment est immortalisé en partant du principe qu’il est préservé pour l’éternité. En revanche, les peintures ne sont pas liées à un instant précis, elles sont « intemporelles ». Les tableaux de Mushinsky , ainsi que ses photographies, font ressortir les deux parties de l’histoire. L’artiste, après avoir pris une photo, attend parfois plusieurs années avant de l’imprimer . Elle la met ensuite de côté pour la peindre principalement de mémoire. Le souvenir d’un souvenir d’un souvenir , voilà̀ comment on pourrait qualifier sa peinture. Les photographies de Mushinsky n’ont rien d’instantané à part peut-être son tour de passe-passe.

Trois décennies passées à photographier ce qui un jour finira peut-être par devenir une toile, ont amené Nina Mushinsky à filer dans l’image originale son résultat définitif. La prémonition d’un souvenir d’un souvenir d’un souvenir , voilà comment on pourrait qualifier son œuvre photographique.

 

Self Portrait, Hôtel Gellert, Budapest, 1992

 

Nina Mushinsky peint dans son studio des jours durant. Quand elle sort avec son appareil photo, ses yeux sont comme affamés. Elle photographie avidement tout ce qui les attire, mais ce sont généralement des sujets revêtus – par la nature ou par le temps – de la même patine que celle qui recouvre ses objets domestiques usagés. Alors que la photographie est censée figer un moment précis, on attend de la peinture qu’elle le dilate et le fasse durer à jamais. Dans son travail, Mushinsky rejette ces idées préconçues. Pour elle, le temps, en plus d’être un élément et une dimension, constitue un thème obligatoire. Il faut généralement un an à Mushinsky pour achever un tableau. auparavant, cela prenait deux ans. Avant que l’impression numérique ne soit inventée, elle disposait minutieusement des points gris, les uns à côté des autres, pour recouvrir ses toiles ; sa main agissant à la manière d’un outil de dispersion de la peinture dans ce qui devenait finalement un procédé de jet d’encre anthropomorphisé. Depuis que la technologie l’a rattrapée, la technique de Mushinsky est devenue plus « picturale ». Il n’y a rien dans sa touche de pinceau qu’un « vieux maître » ne reconnaîtrait pas, et il y a beaucoup de choses qu’un « vieux maître » approuverait. D’autre part, alors qu’aujourd’hui il suit à Mushinsky d’un simple « clic » pour capturer l’instant, chaque photographie sortant de sa chambre noire témoigne de l’inéluctable déclin universel. Un photographe « classique » n’a pas grand-chose à reconnaître, chacune de ses images étant un instantané de Dorian Gray.

 

 

du 7 au 24 novembre 2018

 

Galerie Dina Vierny

36 rue Jacob 75006 Paris

 

Galerie le Minotaure

2 rue des Beaux-arts 75006 Paris