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MONIQUE ROZANES

Galerie Martel Greiner

 

Inclassable et magique, telle est l’oeuvre de Monique Rozanes. Est-elle peintre, sculpteur, designer ?  La résine est pour elle ce que le bois est à Louis Nevelson, ce que le métal est à Féraud, la corde ou le chiffon à Tapiés, quelques noms pris « presque » au hasard parmi toutes les recherches foisonnantes de l’art abstrait des années 50-60. Chacun expérimente et trouve son langage. Peintre, Rozanes l’est assurément. Ses Stratyls, tableaux ou bas-reliefs s’imposent très tôt par la richesse de la matière, l’aspect étrange et mystérieux de ses couleurs sombres, brulées, nacrées, blancheur du lait ou noirceur de la cendre, parfois encore rouge argile. Elle pose, peintre, aux côtés d’un de ses tableaux au Musée d’Art Moderne.

 

 

Tout aurait pu s’arrêter là, mais cette matière la tient. Elle la modèle, la transforme. Elle ne se plaît pas à y inclure des objets du quotidien, comme ses contemporains César ou Arman, elle la sculpte. Naissent alors des formes étranges, une cosmogonie propre à Rozanes : ses Sphères, ses planètes, ses oeufs qu’elle tranche, assemble, coule dans de multiples phases techniques qu’elle maîtrise à la perfection. Elle crée de la forme dans la forme, introduit des pigments, apprivoise de mieux en mieux la lumière qu’elle fait naître dans la matière. elle invente les procédés qui rendront ses oeuvres inaltérables.

 

 

Si la résine a fasciné nombre d’artistes et designers des années 70, tels Marie-Claude de Fouquières, Pierre Giraudon ou François Godebski, Monique Rozanes a su l’utiliser dans une maîtrise parfaite qui ne laisse nulle place au hasard, point de résine fractale, et explore en cinquante ans de création toutes les richesses de ce matériau transfiguré par un langage poétique nouveau. Elle utilise toute sorte de résine sans jamais être esclave d’un matériau qui est un moyen, un langage.

 

 

Après une période de silence, ce langage devient une forme d’écriture, ses stèles se dressent, primitives, soufflées par un très beau texte de Victor Segalen qui l’inspire.. Totems d’un monde moderne, Tables de la Loi dont elle exprime toute la souveraineté, grands Samouraï colorés ou noirs et blancs, les sculptures de Rozanes s’enrichissent de formes nouvelles nées tout autant de son passé lointain que de son contact avec l’Amérique latine et de ses voyages avec son mari, le peintre argentin Torres Agüero. Il est temps aujourd’hui de replacer son oeuvre à sa juste place, celle d’une grande artiste abstraite du XX ème siècle, à la démarche isolée, proche d’une abstraction lyrique teintée d’une approche architecturale imaginaire, qui a donné ses lettres de noblesse à la résine.

Hélène Greiner

 

du 16 mai au 15 juin 2018

GALERIE MARTEL GREINER

6, rue de Beaune 75007 Paris

01 84 05 62 49