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Mirabilia

Le titre de cette exposition évoque le phénomène de la collection encyclopédique apparu au cours de la Renaissance avec les Studioli puis à l’époque baroque avec les Cabinets de curiosités. Lieu paradoxal, à la fois destiné à l’étude et à la présentation au public, le cabinet de curiosités est le précurseur du musée moderne. Il matérialise une certaine vision de l’univers et de la connaissance au travers du rassemblement de merveilles ou choses admirables.

Spécimens, objets rares et précieux créés aussi bien par la Nature (minéral, végétal, animal) que par le génie de l’homme y sont réunis pêle-mêle, tout en cultivant un goût pour l’étrange et pour le fabuleux qui vaudra à ces premières collections d’être peu à peu éclipsées par les avancées scientifiques des Lumières.


Pour autant cette exposition n’entend pas se cantonner pas à une évocation littérale des beautés et raretés issues de la nature. Il s’agit au contraire de questionner la notion contemporaine de merveille en mettant plus particulièrement l’accent sur le sentiment d’étrangeté, voire d’attraction-répulsion engendré par des oeuvres considérées comme hybrides. Qu’elle soit formelle — association de techniques, de matériaux, de disciplines disparates— ou métaphorique, l’hybridation est en effet un processus de mutation des formes et des pratiques qui apparaît de manière récurrente dans le champ de la création artistique actuelle, et dont les oeuvres sélectionnées pour cette exposition se font unanimement l’écho. De plus la notion d’hybridation semble ouvrir la voie à une nouvelle mise en perspective de la place spécifique du bijou sur la scène artistique.

À la croisée du craft, du design, et de l’art, le bijou contemporain s’exprime aussi bien au travers de la diversité des savoir-faire, des matériaux et des techniques, que des concepts et des supports (vidéo, installation, performance, body art), et de fait, échappe à toute tentative de définition et de catégorisation.

Reconnaître la singularité de cette discipline à l’orée de son irréductible hybridité pourrait lui permettre de s’émanciper de schémas obsolètes qui ne correspondent plus ni à la réalité, ni aux aspirations profondes de ses praticiens.

La dimension performative du bijou, objet liminaire par excellence, à la marge, (ex)posé à la lisière du corps, offre comme l’écrit Caroline Broadhead « les circonstances et le territoire permettant d’explorer les questions qui émergent de cette convergence du personnel, du social et du culturel », ce qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le va-et-vient entre intériorité et démonstration qui caractérise le principe même du cabinet de curiosités.

Cette exposition collective et transdisciplinaire réunit une dizaine d’artistes internationaux du bijou contemporain ( Melanie Bilenker, Georg Dobler, Sam Tho Duong, Nicola Heidemann, Mariko Kusumoto, Julia Maria Künnap, Marie Masson, Märta Mattsson, Alejandra Solar, Gisbert Stach, Felieke van der Leest) et Magali Lambert, photographe et artiste plasticienne française.

du 10 septembre au 26 octobre 2019

Galerie LA JOAILLERIE par Mazlo

31, Rue Guénégaud, 75006 Paris