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Huysmans Critique d’Art


Boldini Giovanni (1842-1931). Paris, musée d’Orsay

C’est à Paris, au début du 18ème siècle, que furent créés les premiers Salons, ancêtres de nos Foires d’Art Contemporain. Chaque année ils créaient l’évènement, au Palais Royal, puis au Louvre, présentant la création artistique contemporaine et constituant déjà pour les artistes un enjeu incontournable. C’est avec eux que naquirent une nouvelle profession, celle de critique d’art, dont Diderot fut sans doute le premier. Souvent écrivains ou journalistes, ils étaient les chroniqueurs de ces manifestations mais faisaient aussi la pluie et le beau temps sur le monde de l’art, choisissant de mettre en avant certains artistes ou lançant certains mouvements, parfois contre l’avis des jurys ou du public. Le Musée d’Orsay a choisi de rendre hommage à l’un des plus grands, une référence pour beaucoup, Joris-Karl Huysmans, de son vrai nom Charles Marie Georges Huysmans. En tant que romancier et critique d’art, il prit une part active à la vie littéraire et artistique française dans le dernier quart du 19ème siècle et jusqu’à sa mort, en 1907. Il contribua à lancer en France la peinture impressionniste comme le mouvement du symbolisme et permit au public de redécouvrir l’oeuvre des artistes primitifs.

Henri Gervex musée d’Orsay, Paris

A partir de 1876, Huysmans collabore, en tant que chroniqueur d’art, à différents journaux pour lesquels il rédige des comptes rendus des Salons de peinture. À cette occasion, il découvre les tableaux de plusieurs jeunes artistes indépendants qui exposent à l’écart des Salons officiels, où leurs œuvres sont systématiquement refusées par le jury. Il s’enthousiasme pour Édouard Manet et prend la tête du combat visant à imposer l’impressionnisme au public, auquel il fait successivement découvrir les œuvres de Claude Monet, Edgar Degas, Gustave Caillebotte, Paul Cézanne, Camille Pissarro, Paul Gauguin, Georges Seurat, Jean-Louis Forain… Il est par ailleurs un opposant farouche à l’art salonnier dont il fustige les principaux représentants : Alexandre Cabanel, Jean-Léon Gérôme ou Carolus-Duran.

Puvis de Chavannes_”jeunes filles au bord de la mer” – Musée d’Orsay

Dès son premier article, en 1867, et jusqu’à ses derniers écrits, Huysmans aborde l’art et les artistes comme autant de remparts dressés contre une société qu’il juge dégradée et dégradante. Né et élevé dans l’admiration des vieux maîtres hollandais, il a lui-même témoigné du choc décisif que fut la découverte de Degas lors de la seconde exposition impressionniste en 1876.

Vers 1889, il découvre les œuvres d’Odilon Redon, de Gustave Moreau, de Jean-François Raffaëlli et de Félicien Rops et participe largement à faire connaître au public le mouvement du symbolisme en peinture.

Odilon Redon (1840-1916). Paris, musée d’Orsay

Il réunira par la suite ses nombreuses chroniques d’art dans trois recueils : L’Art moderne (1883), Certains (1889) et Trois Primitifs (1905). Claude Monet, après les avoir lus, dira : « Jamais on n’a si bien, si hautement écrit sur les artistes modernes. » Et Stéphane Mallarmé verra en Huysmans « le seul causeur d’art qui puisse faire lire de la première à la dernière page des Salons d’antan, plus neufs que ceux du jour. » Ses livres ne reflètent pas une pensée prescriptive, à visée unique, mais plutôt les nuances d’un homme réfractaire aux chapelles. En 1886, il déclare : “Au fond, je suis pour l’art du rêve autant que pour l’art de la réalité ; et si j’ai lancé Raffaëlli en peinture, j’en ai fait autant pour son antipode, Odilon Redon.” Au manichéisme, il préfèrera les jouissances complémentaires, déroutantes, même au temps où la défense de l’art sacré le rapproche de l’Eglise.

Après sa conversion au catholicisme vers 1895, il redécouvre en effet l’art religieux et en particulier la peinture des primitifs. Il signe alors de très beaux textes sur Matthias Grünewald, Roger van der Weyden, Quentin Metsys, le Maître de Flémalle.

Gustave Moreau (1826-1898). Paris, musée d’Orsay, conservé au musée du Louvre.

Aujourd’hui on lit surtout son roman « A rebours » et on l’y enferme souvent. Publié en 1884, ce portrait tragi-comique d’un esthète rompant avec un présent disgracié, et échouant à ne vivre que de sensations d’art, aussi rares qu’immorales, ne saurait tout résumer de son auteur et de ses combats. Sans négliger le romancier, c’est surtout du chroniqueur et critique d’art dont il est ici question dans cette exposition.

Francesco Vezzoli – Eternal Kiss

L’artiste Francesco Vezzoli s’est associé aux commissaires de cette exposition, et à son parcours en trois grands moments, en imaginant trois espaces définis par une couleur, blanc, rouge et noir, dans lesquels il intègre certaines de ses productions, comme autant d’échos personnels à l’univers esthétique de Huysmans.

du 26 novembre 2019 au 1er mars 2020

MUSEE D’ORSAY

1 rue de la Légion d’Honneur 75007 Paris