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CLAUDE LEVEQUE

L'Aube Bleue, Galerie Kamel Mennour, Paris

Aube Bleue

 

 

Dans l’espace du 6 rue du Pont de Lodi Claude Lévêque propose le dernier volet d’une trilogie commencée en 2001 avec Ende, et poursuivie en 2004 avec Ligne Blanche. Dans Ende, le spectateur entre dans une salle plongée dans l’obscurité totale. Il découvre la voix de la mère de l’artiste qui chante Si tu n’existais pas de Joe Dassin, comme si l’espace invisible était modelé par le timbre des mots prononcés.

Dans Ligne Blanche l’espace est a contrario éclairé. Un seul tube de néon blanc est suspendu au centre d’une pièce vide, pendant que Marielle Carbonnier chante Tombe la neige de Salvatore Adamo. Quatorze ans plus tard avec Aube bleue, Claude Lévêque se confronte de nouveau avec la puissance évocatrice de la voix nue dans un environnement épuré. Le titre de l’exposition nous emmène au bout de la nuit, ce moment de bascule entre l’obscurité et la lumière, aux premières lueurs du jour.

 

 

 

À l’entrée de la galerie, l’installation Paradiso investit l’intégralité du mur de gauche, peint pour l’occasion en bleu ciel. Au sol, se déploient les débris de centaines d’ampoules bleues. Cette couleur est liée par excellence au romantisme allemand, qui l’associe à l’absolu et en fait la teinte de la mélancolie, du trouble et du sentiment de nostalgie face à l’infini. Pour Goethe, le bleu est « la couleur la plus proche de l’obscurité », dans laquelle le spectateur est appelé à être englouti.

 

 

En descendant les escaliers après avoir poussé le rideau, le public franchit le seuil d’une salle uniquement éclairée par le halo d’une silhouette de fleur en néon, qui flotte comme une vision onirique. La voix de Catherine Deneuve, entonnant à cappella Mon amie la rose, de Françoise Hardy, résonne ici dans l’espace. Une façon pour l’artiste d’en faire le portrait, non par l’image, mais au travers de sa voix douce et suave.

 

 

Claude Lévêque a souvent travaillé le son dans ses installations, il utilise en effet la musique populaire comme un puits de références et de signes qui véhiculent le spectateur au-delà de la musique même. Tel un romantique moderne, Claude Lévêque nous raconte le trajet de la vie à la mort, et le sentiment de vertige devant la disparition. Il n’y a pas besoin d’images, si ce n’est la forme stylisée d’une fleur qui frissonne d’électricité…

 

du 15 mars au 26 mai 2018

 

GALERIE KAMEL MENNOUR

6 rue du Pont de Lodi  75006 Paris