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Peintres Femmes, 1780-1830

Parler des femmes artistes n’est pas chose facile tant on considère leur absence dans les récits historiques. On a souvent répondu à cette invisibilité par une explication culturelle et politique qui met en lumière une société profondément patriarcale : ainsi, les femmes manquaient souvent de formation et étaient contraintes à une vocation maternelle et domestique. Minoritaires dans l’espace public, elles avaient pour interdiction de pratiquer le nu et donc le genre noble qu’était la peinture d’histoire. Tout ce discours est désormais indéniable et bien connu de cette exposition critique est de proposer un autre regard historique et esthétique sur l’œuvre de ces femmes, car si on se plaît à rapporter cette déchirante injustice, il est tout aussi primordial de questionner notre manière de les réhabiliter dans un récit collectif. En se concentrant sur une période charnière s’étalant de 1780 à 1830, le parcours dévoile une véritable féminisation des arts depuis les années pré-révolutionnaires jusqu’à la Restauration. Autour de 80 œuvres d’Élisabeth Vigée-Le Brun, de Marguerite Gérard, de Marie-Guillemine Benoist ou de Constance Mayer, l’exposition met en lumière des plasticiennes célébrées à une époque où les écoles pour jeunes filles ouvrent et où l’art devient l’un des seuls moyens d’ascension sociale. Il ne s’agit donc plus uniquement de réduire ces femmes à l’habituelle dichotomie opprimées-oppresseurs, mais plutôt de les illustrer comme de véritables conquérantes ayant mené de multiples combats dans le monde de l’art.

Si l’exposition se concentre sur cette période particulière, c’est pour révéler un véritable mouvement d’émancipation né des idées des Lumières et immortalisé par la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges. Mais si durant un temps les femmes purent suivre des formations artistiques, être protégées pendant les maternités et demander le divorce, ces libertés ont rapidement été refrénées par la Restauration au XIXe siècle, la société considérant alors que la création devait être du côté des hommes et l’imitation du côté des femmes…

Portraitiste officielle de MarieAntoinette, Élisabeth Vigée Le Brun, par exemple, était célèbre à travers toute l’Europe et a travaillé pour les plus grandes cours royales. Inspirée par de grands noms comme Paul Rubens, elle fut l’une des rares femmes peintres à être admises à l’Académie royale. On la voit ici en plein travail, esquissant les traits du futur portrait de l’impératrice de Russie Maria Féodorovna, alors qu’elle vient de fuir la France suite à la Révolution française. Ce qu’on remarque dans cet autoportrait, c’est une évolution du style assez marquée, avec une palette plus sombre que dans ses œuvres d’esprit rococo. Dans cette subtile mise en abyme, ses yeux nous fixent comme si nous adoptions le point de vue de son modèle. Sa silhouette lumineuse se détache d’un fond uniforme où l’on distingue à peine les traits de l’impératrice, reléguée au second plan. Aucun doute, Vigée le Brun n’hésite pas à mettre en avant son statut d’artiste, à souligner la finesse de ses traits, affichant ainsi ses ambitions et son ascension sociale quitte à mettre en retrait les prestigieuses figures de ses toiles.

à venir

MUSEE du LUXEMBOURG

19 Rue de Vaugirard 75006 Paris