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François Morellet

Les Jeux de la logique et du hasard

« Tout ce que tu dis sur les tableaux de sons, de durées, d’amplitudes, utilisés dans ta Music of changes est, comme tu vas le voir, exactement dans la ligne où je travaille moi aussi actuellement. (…) La seule chose, tu m’en excuseras, que je ne trouve pas adéquate à la chose, c’est la méthode du hasard absolu (…). Je crois que, au contraire, le hasard doit être très contrôlé : en se servant des tableaux en général, ou des séries de tableaux, je crois qu’on peut arriver à fixer le phénomène de l’automatisme du hasard, écrit ou non, que je récuse comme une facilité qui n’est pas absolument nécessaire1. » Datée de décembre 1951 et envoyée par Pierre Boulez à John Cage, cette lettre cristallise les enjeux et crispations propres aux démarches artistiques se réclamant du recours au hasard. Music of changes de John Cage est en effet redevable du I Ching, un livre des oracles chinois – son « application » est tributaire de pièces de monnaie lancées au hasard – qui permettra au compositeur de prendre un virage désavoué à terme par Boulez. Quand François Morellet décide à la fin de cette même décennie, plus précisément en 1958 avec sa Répartition aléatoire de triangles suivant les chiffres pairs et impairs d’un annuaire de téléphone, de s’appuyer à son tour sur des structures aléatoires, ce ne sont pas les exemple et antécédent de Cage qu’il a en tête – l’artiste français est pourtant un mélomane aussi pointu qu’exigeant et il n’est pas à exclure qu’il ait été au contact des partitions de l’Américain – mais les « duocollages » de Sophie Taeuber-Arp et Jean Arp conçus 40 ans auparavant « selon les lois du hasard ». « Duo-collages » découverts par l’intermédiaire de Ellsworth Kelly. Mais la voie « systématique » dans laquelle s’engage de plus en plus Morellet est aussi le fruit de sa rencontre en 1957 avec le couple Molnar. Le tableau de 1958 inaugure la période de maturité de Morellet et sera suivi tout au long de sa trajectoire d’œuvres faisant appel aux « jeux de la logique et du hasard ». Peu importe qu’elles soient bi- ou tridimensionnelles. Picturales ou sculpturales. À base de matériaux « traditionnels », actionnées par des moteurs et/ou composées de dispositifs lumineux. Leur credo est le même et ne cessera de s’attacher à l’aléatoire, des programmes et systèmes.
Erik Verhagen

du 23 janvier au 7 mars 2020

GALERIE KAMEL MENNOUR

47 rue Saint-André des Arts 75006 Paris