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Moderne Maharajah

Le Musée des Arts Décoratifs met à l’honneur l’extraordinaire figure du maharajah d’Indore qui donna libre cours à son goût d’avant-garde artistique et décorative en créant, en Inde, un univers moderne unique.

Personnalité visionnaire du milieu culturel européen des années 20 et 30, il fut le commanditaire de la toute première construction moderniste de son pays : le palais de Manik Bagh (1930-1933), témoignage de l’effervescence de la scène artistique de l’époque.

L’exposition met en lumière l’univers de cette demeure mythique évoquant les échanges entre l’Europe et l’Inde à travers la personnalité singulière et fascinante d’un jeune prince et de son épouse. Présenté dans la Nef du musée, ce prestigieux patrimoine rassemble plus de 500 pièces réunies pour la première fois. Il dévoile les créations iconiques de Louis Sognot et Charlotte Alix, Jean Puiforcat, Eileen Gray ou encore Le Corbusier.

Pendant les années 20, Yeshwant Rao Holkar II (1908-1961), plus connu sous le nom de maharajah d’Indore, est envoyé très jeune faire ses études à Oxford en Angleterre. Un précepteur francophone, le Dr Marcel Hardy, aiguise sa curiosité en l’introduisant dans le milieu culturel européen. Sous la coupe de son mentor, il fait la connaissance de deux personnalités qui seront déterminantes dans sa démarche : l’architecte berlinois Eckart Muthesius, proche de l’avant-garde, et Henri-Pierre Roché, conseiller artistique et écrivain. Des séjours en Angleterre, en Allemagne et en France essentiellement, où il fréquente les différents salons, expositions et ateliers d’artistes, font naître en lui un réel intérêt pour les arts modernes.

En 1929, peu de temps après sa rencontre avec le couturier et collectionneur Jacques Doucet et la visite de son studio, il décide d’ériger un palais dans son Inde natale, où se mêleraient luxe, confort et modernité. Le maharajah confie à Eckart Muthesius la réalisation de ce projet : transformer les fondations d’un bâtiment préexistant pour en faire une nouvelle résidence privée pour la maharani Sanyogita Devi et lui-même.

Agencé selon leurs besoins quotidiens, le palais est pourvu d’un décor et d’un mobilier glorifiant les matériaux novateurs pour l’époque, comme le métal, le cuir synthétique ou encore le verre, avec une prédominance accordée à la couleur se déclinant dans chacun des espaces à vivre. Afin d’aménager ces intérieurs, près de vingt créateurs soigneusement sélectionnés sont sollicités, dont les réalisations sont devenues aujourd’hui des œuvres iconiques de cette période.

Parmi les plus emblématiques, le fauteuil Transat d’Eileen Gray, la paire de fauteuils en cuir synthétique rouge avec lampes intégrées d’Eckart Muthesius, les spectaculaires lits en métal et verre de Sognot et Alix, conçus pour les chambres respectives du couple royal, ou encore les tapis d’Ivan Da Silva Bruhns qui occupent les sols du palais comme de vastes tableaux colorés abstraits.

Après avoir étudié l’Esprit de Bauhaus en 2016 et l’œuvre de Gio Ponti, archi-designer en 2018, le Musée des Arts Décoratif, dont les collections Art déco et Moderniste comptent parmi les plus belles au monde, poursuit son exploration des années 1920-1930 en proposant une lecture nouvelle de l’histoire de la modernité européenne grâce au regard d’un immense amateur des arts.


Du 26 septembre 2019 au 12 janvier 2020

MUSEE DES ARTS DECORATIFS

107-111 rue de Rivoli 75001 Paris