La Galerie DINA VIERNY a 70 ans

Jean EVE – Autoportrait, 1936 – Huile sur toile – 80 x 60 cm – copyright ADAGP, Paris 2017


Au sortir de la seconde guerre mondiale, en janvier 1947, Dina Vierny ouvre sa galerie rue Jacob. La jeune femme fête tout juste ses 28 ans. Modèle et assistante d’Aristide Maillol pendant les dix dernières années de la vie de l’artiste disparu en septembre 1944, et auquel elle consacre son exposition inaugurale, elle a posé également pour Bonnard et Matisse. Ce dernier l’a encouragée à créer sa propre galerie. Un autre personnage, soutien de la première heure, a eu une influence décisive : il s’agit de Jeanne Bucher, marchande d’art dont la galerie se tenait boulevard du Montparnasse. Dina Vierny l’a beaucoup fréquentée pendant l’Occupation.

« J’ai toujours suivi la ligne de conduite de ma sensation, bonne ou mauvaise, mais c’était la mienne, pas celle des autres. Je suis dilettante, j’aime toutes les formes d’art. J’aime prendre plusieurs chemins. Sans avoir peur. Quelle que soit l’expression ».

Dina Vierny a revendiqué cette puissante indépendance de pensée et d’action dans le choix des artistes qu’elle a défendus. Elle a mené un combat perpétuel pour défendre sa politique : l’amour des artistes qui l’ont touchée, la fidélité qu’elle leur a vouée, contre vents et marées, parfois à contre-courant du goût de son temps. L’exposition-anniversaire organisée pour les 70 ans de la galerie ne prétend en aucun cas dresser un inventaire de l’éclectisme des personnalités artistiques présentées durant cette période. Il est bien davantage question de montrer la transmission d’un regard, de l’ouverture de ce regard, au-delà des clivages abstraction/figuration. Olivier Lorquin, fils de Dina Vierny, participe de cette aventure depuis une trentaine d’années. Directeur de la galerie et organisateur de l’événement, il a choisi pour l’occasion une confrontation audacieuse et émulsive entre différents groupes d’artistes qu’on ne peut comparer, ni par leur époque, ni par leurs styles. Mais, tandis qu’ils étaient oubliés, niés, voire interdits par leurs contemporains, Dina Vierny a su les défendre, les mettre en lumière, elle s’est bagarrée pour révéler au public leur point commun : leur talent, la force expressive de leur modernité. C’est ainsi que dialoguent sur les cimaises les primitifs modernes français (Bauchant, Bombois, Séraphine de Senlis, Jean Eve) et les non-conformistes russes (Yankilevsky, Rabine, Boulatov, Kabakov) ainsi que Poliakoff.

De la pluralité de ces mondes particuliers, émergent la puissance et le rayonnement de chacun d’entre eux. Ils ne se nuisent pas, ils s’éclairent. Et leur côtoiement nous raconte des histoires. On découvre que l’efflorescence chaude, quasi abstraite d’un grand bouquet de Séraphine (1929-1930) converse très bien avec la mouche perdue dans le tableau bleu de Kabakov (1974). Que l’autoportrait de Jean Eve (1936), qui frappe timidement à la porte de la Nouvelle Objectivité de Christian Schad, affronte et répond sans ambiguïté à l’autoportrait de Boulatov, cosmogonique.

Eric Boulatov – Autoportrait (Pas d’entrée), 1973 – Huile sur toile – 110 x 110 cm – copyright ADAGP, Paris 2017 / Courtesy Galerie Dina Vierny


Chacune de ces œuvres nous apprend à en regarder une autre, puis à revenir à la première, et ainsi de suite, en passant par notre propre intimité, au-delà du temps et des manières. C’est un hommage à la diversité du regard que réclamait tant Dina Vierny.

Jerry Schatzberg, Highway 61, 1965 – Tirage argentique – 101,6 x 76,2 cm – édition de 20 – Copyright Jerry Schatzberg / Courtesy Galerie Dina Vierny


La seconde salle est davantage représentative de nouveaux artistes introduits depuis les années 1990 par Olivier Lorquin, notamment à travers la photographie, avec Frank Horvat ou Jerry Schatzberg.


Frank Horvat, N Hands, 2012 – Archival Pigments – 84 x 112 cm – édition de 12 – Copyright Frank Horvat / Courtesy Galerie Dina Vierny



Cependant la peinture y explose également avec les portraits en noir et blanc à l’huile hyper réalistes de Nina Mushinsky, ou encore le flux de couleurs vertigineux de Ra’anan Levy, renversement de pots de pigments devenus géants. Ce tableau  intitulé La Rivière, fait un clin d’œil discret et malin à la sculpture du même nom, monumentale – et elle aussi renversée – de Maillol. Et sans doute, la sereine présence de la dernière œuvre du statuaire, posée par Dina Vierny, Harmonie, auprès du grand tableau coloré, veille-t-elle à la pérennité tranquille de tous les artistes accrochés ici.


Ra’anan Levy – La Rivière, 2016 – Huile sur toile- 164 x 131 cm – copyright photo Jean-Louis Losi / Courtesy Galerie Dina Vierny


Galerie DINA VIERNY

36 rue Jacob 75006 Paris

01 42 60 23 18


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