Conversation avec LAURENT LEVEQUE

Il y a quelques années, les grandes Maisons ont choisi d’ouvrir leurs ateliers pour laisser découvrir au public le travail des brodeurs, maroquiniers, modistes, gantiers, orfèvres ou malletiers. Chanel, par exemple, leur consacre un défilé chaque année.
Côté déco, les architectes et les décorateurs mettent enfin en lumière le savoir-faire des fresquistes, céramistes, verriers, tapissiers, ferronniers, ébénistes ou marqueteurs.  Les artisans d’art retrouvent leur place, essentielle, au coeur de la création, puisqu’ils sont des maillons indispensables entre les arts décoratifs et le savoir-faire artisanal. Sans eux rien ne serait possible, ils maîtrisent les techniques traditionnelles et transforment la matière, imaginent et produisent des pièces à la croisée du beau et de l’utile, et eur travail, souvent, s’apparente à celui des artistes, même s’ils le réfutent.
Ainsi, Laurent Lévêque, avec la marqueterie de paille, crée des pièces uniques, qu’elles soient le fruit d’une commande ou d’une réalisation plus personnelle. Ses recherches sur le matériau et les supports qu’il utilise évoluent sans cesse, comme les motifs qu’il crée pour chacun de ses projets.




Laurent, parle-nous de la paille, ce matériau si simple, mais qui devient parfois, avec la marqueterie, si sophistiqué …

Je n’aime pas parler de sophistication pour mon travail parce que je n’utilise que des formes simples : des lignes, des carrés ou des cercles. Le jour ou je travaillerai des motifs comme les fleurs, on pourra peut-être parler de sophistication, mais pour le moment, avec ces motifs géométriques, je préfère parler de raffinement. D’autant plus que la paille n’est pas un matériau noble ou rare, mais un matériau pauvre qui, en le travaillant me donne l’impression de me rapprocher de la vannerie et des arts populaires. Sa fibre me rappelle aussi parfois le fil des brodeurs et des tisserands. Et quand les choses deviennent trop virtuoses, je suis beaucoup moins séduit.



Quand tu crées des éléments de décors pour les chantiers d’architectes ou de décorateurs, comment travaillez-vous ensemble ?

Chacun arrive avec ses idées, ses propositions : eux avec leurs projets, moi avec avec des échantillons de motifs et nous finissons toujours par créer ensemble quelque chose d’unique, grâce à ces échanges d’idées. Ils m’emmènent là où je ne serais pas allé spontanément, tout en respectant mon travail.



Quelles sont les étapes principales de la création d’une pièce ?

J’essaye de retrouver le plaisir que l’on a en mélangeant les couleurs lorsqu’on peint. Je teinte la paille et j’utilise les nuances comme des tubes de peinture en gardant le plus de spontanéité possible. Quand je réalise une pièce, j’ai d’abord une idée, puis je prends les pailles de différentes couleurs et je commence à les coller. Je regarde, j’équilibre, je regarde, jusqu’au moment où cela me paraît juste, un peu comme en cuisine !


Tu es toujours à la recherche de nouveaux motifs ?

Oui, parce que je n’ ai pas forcément envie de refaire la même chose. Mais j’essaie aussi de garder une certaine logique, un cheminement dans mon travail, par les formes ou les couleurs.



Il ya eu deux périodes majeures dans l’histoire de la marqueterie de paille, le 18ème siècle d’abord, puis les Années 40 avec Jean-Michel Frank ou André Groult, dont certaines pièces sont aujourd’hui rééditées. Avec laquelle as-tu le plus d’affinités ?

Si j’aime beaucoup le XVIIIème siècle, notamment pour l’évolution des formes dans les arts décoratifs, en marqueterie paille ce sont les objets du XVIIème que je préfère, peut être parce que là, la notion de sophistication est présente et différente. Sinon je me sens beaucoup plus proche de Jean Michel Franck parce que j’aime la simplicité de son travail et la façon dont il utilisait les matières pour elles-mêmes. Mais je déteste qu’on me demande de reproduire les motifs qu’il a créé.




Laurent Lévêque

lauleveque@orange.fr


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